Metamorphic Earth

Gast Bouschet et Metamorphic Earth-L’interview de Pascal Goffaux:
http://www.rtbf.be/culture/arts/detail_metamorphic-earth-une-experience-a-vivre-au-bps22?id=9475629&utm_source=rtbfculture&utm_campaign=social_share&utm_medium=fb_share

Metamorphic Earth et Panorama au BPS22 de Charleroi:
https://www.rtbf.be/auvio/detail_par-oui-dire?id=2166809

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A BUTTERFLY KISS OF GEOLOGICAL TIME 1

“Tout appelle à de nouveaux commencements. Nous avons besoin d’une nouvelle politique de l’art qui est capable de créer des alliances et des zones de contact inattendues entre soi-même et l’autre, l’humain et le non-humain, le terrestre et le cosmique. Ce qui est nécessaire est un changement de perspective qui nous permettra d’initier un processus général de réanimation. Notre perception du monde affecte notre façon d’agir dans et à travers lui.”

C’est ainsi que débute le texte écrit par GAST BOUSCHET et NADINE HILBERT, véritable manifeste dédié en sous-titre “Aux sorciers” et mis à disposition du visiteur sous forme d’un poster dans l’espace d’exposition. Les artistes poursuivent: “L’art ne naît pas du néant. Nos créations sont des collaborations avec la matière et des flux anonymes que nous véhiculons et dans lesquels nous prenons part.” De matière et de flux, c’est en effet de cela qu’il est question dans cette installation monumentale de ce duo d’artistes originaire du Luxembourg, basé en Belgique et actif depuis maintenant une vingtaine d’années.

Pour l’exposition au BPS22, la nouvelle salle Pierre Dupont complètement occultée accueille sept immenses projections vidéo qui couvrent les murs jusqu’à une hauteur de huit mètres ainsi que le sol, immergeant le spectateur dans un flot d’images animées. Chacun des sept films, d’une durée moyenne d’une vingtaine de minutes, propose un flux continu, entièrement en noir et blanc, de lave, de poussière, de glace, de détails géologiques, de lumières, de villes ou d’architectures captées dans des mégalopoles d’Europe ou d’Afrique. Le montage des plans s’articule dans un va-et-vient entre micro et macro, où tous les éléments – objets, éléments, figures humaines ou animales – se perçoivent en continuelle transformation de l’un en l’autre, immergeant le spectateur dans un univers en constante métamorphose, dans un présent infini et sans limites: panta rhei. A l’étage, un ensemble de photographies en noir et blanc et deux projections vidéo dans la lignée de l’installation principale complètent l’exposition.

Le point de départ de Metamorphic Earth repose sur la présence des deux artistes à Londres au moment de l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll en 2010, qui avait alors immobilisé l’ensemble des aéroports durant plusieurs jours et porté ainsi un coup d’arrêt à une bonne partie des activités humaines. Cette éruption, à l’image d’autres événements susceptibles de “dépasser” l’homme ou son échelle nous rappelant à notre propre finitude et plus généralement à celle de notre monde.

“L’art a un pouvoir transformatif. J’ai l’impression, peut être naïve, qu’en transformant la perception d’un certain monde, nous transformons le monde.” 2 Mais l’installation Metamorphic Earth n’est pas seulement une expérience immersive visant à faire prendre conscience au spectateur qu’il vit dans un monde en perpétuelle évolution, en mutation, et que son existence n’est qu’un élément au cœur d’un ensemble plus vaste. Metamorphic Earth consiste à expérimenter véritablement la possibilité de filmer avec un regard non-humain, en soumettant la caméra elle-même à la matière et à ses états extrêmes, qu’il s’agisse de poussière volcanique ou de glace, captant par là-même une forme de temporalité supra-humaine. Il s’agit de placer le spectateur dans un espace-temps planétaire – “at Earth magnitude” 3, où les distinctions anthropocentriques ne sont plus les seules à faire sens; nous plongeant dans une inquiétante étrangeté où les éléments sont en constante corrélation. Au sein de cet ensemble, les nappes sonores, travaillées en étroite collaboration avec Stephen O’Malley, membre du groupe de drone doom Sunn O))), ajoutent à cette sensation d’étirement, de ralentissement, de temps géologiques.

« Le prototype de l’artiste est le sorcier et le chaman » 4,. L’œuvre de Gast Bouschet et Nadine Hilbert nous transporte dans un ailleurs qui reste néanmoins bien réel, celui d’une perception immédiate, située dans un au-delà du jugement logique, nous amenant en quelque sorte à percevoir l’imperceptible, à nous plonger dans une actualité des choses au sein de laquelle les différents temps – présent, passé, futur – se rencontrent5. « Nous sorciers… », écrivent Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux, affirmant que nous sommes entourées d’êtres « qui viennent d’autres mondes » et que le « sorcier est dans un rapport d’alliance avec le démon comme puissance de l’anomale »6, c’est à dire de ce qui se trouve à la marge, en bordure, de ce qui est en quelque sorte diabolisé. Mais les sorciers pourraient tout autant ici renvoyer à ce que Philippe Pignarre et Isabelle Stengers appellent « la sorcellerie capitaliste »7, si l’on pense, dans Metamorphic Earth, à ces images mouvantes prises dans le quartier financier de la City à Londres mais aussi aux images fixes exposées à l’étage figurant divers algorithmes de flux financiers.

Prônant une certain forme d’ésotérisme, les artistes sont aussi marqués par les écrits du philosophe iranien Reza Negarestani et notamment son ouvrage Cyclonopedia dans lequel des particules de poussière sont décrites comme étant à l’origine de toutes les données du système solaire. « Earth as a rebel disciple of the Sun is shelled with dust particles from within and without. (…) Dust particles originate from dark corners never trodden before, different territories (fields of narration) and domains of invisible hazards. Each particle carries crystallized wast matter and essences of different groups and particularities, hard to grasp but easy to commingle with fluid. (…) this fluid or wetness, essential for blending the dust particles in the Middle East into one narrative with multiple undertows, is petroleum, or napht (oil). » 8

Metamorphic Earth immerge le spectateur dans un univers quasi science-fictionnel dont les échos avec notre monde « réel » celui que nous pensons contenir et embrasser de manière tangible, sont sans doute bien plus étroits qu’on ne le pense.

Florence Cheval, L’art même 71, 4ème Trimestre 2016.

1 Timothy Morton. Dark Ecology. For a logic of Future Coexistance, Columbia University Press, 2016, p.2.
2 Gast Bouschet et Nadine Hilbert, entretien avec Kevin Muhlen, 2013.
3 Timothy Morton, op. Cit. p.32
4 Gast Bouschet et Nadine Hilbert, entretien avec Kevin Muhlen, 2013.
5 « Art is thought from the future. Thought we cannot explicitly think at present. Thought we may not think or speak at all. If we want thought different from the present, the thought must veer toward art. To be a thing at all – a rock, a lizard, a human – is to be in a twist. How thought longs to twist and turn like the serpent poetry ! » Timothy Morton, op. Cit., p.1
6 Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux, Minuit, 1980 p. 294, 296, 301.
7 Isabelle Stengers, Philippe Pignarre, La sorcellerie capitaliste. Pratiques de désenvoùtement. La découverte, 2007.
8 Reza Negarestani, Cyclonopedia : Complicity with Anonymous Materials, re.press, 2008, non paginé.


Cosmic Encirclement

De fabuleuses visions de l’univers en mouvement.

Au BPS22 à Charleroi le duo de plasticiens Gast Bouschet et Nadine Hilbert développent une installation vidéo de conscientisation.

L’ exposition repose sur une installation vidéo géante, un environnement sonore et visuel impressionnant en noir et blanc, qui imprègne totalement le visiteur placé au centre, dans l’obscurité. On y est happé comme dans un tourbillon qui ne fait pas seulement perdre pied mais nous envoie dans l’espace comme un cosmonaute insoumis, décontenancé par ce qu’ il voit, par ce qu’il côtoie. Gast Bouschet et Nadine Hilbert ont une nouvelle fois conçu et réalisé une œuvre magistrale qui place l’art vidéo au meilleur de lui même, là où il ne peut être concurrencé par aucune autre forme d’expression. Et l’on soulignera, en cette occasion, la qualité architecturale de la rénovation du BPS22, par sa capacité à s’adapter aux exigences des formes actuelles. Projetées, sur les murs et sur une hauteur neuf mètres, au sol, au plafond, les images en mouvement ne capturent pas seulement le regard mais l’être en son entier.

Cosmique

A vrai dire on est ébahi par ce que l’on voit. Et la participation sonore – signée par le musicien américain Stephen O’Malley -, entre musique et bruits des espaces en profondeur ou interstellaires, se joint au dépaysement. On peut interpréter ces images mouvantes dans lesquelles on reconnaît subrepticement, ici ou là, dans une sorte de nébuleuse chaotique, dans les flux énergétiques, une architecture contemporaine, une personne en marche, des étincelles et ce que l’on imagine être, à tort ou à raison, une vision cosmique de l’infiniment grand. Une sorte d’imaginaire d’au delà de nos capacités de perception. A moins que l’on ne plonge dans l’inverse, dans l’infiniment petit, grouillant, perçu par un microscope électronique. A moins que ce liquide noir qui s’écoule sur un fond blanc ne soit une forme de pollution? Une chose est certaine, les rares humains qui se retrouvent dans ces images dont on ne sait si elles sont d’apocalypse ou de science fiction futuriste, sont des fétus, non de paille, mais humains, complètement phagocytés par leur environnement. Gast Bouschet et Nadine Hilbert parviennent de manière magistrale à nous englober dans les enjeux environnementaux et dans cette idée que l’univers, du plus proche au plus lointain, est en constante évolution. L’homme y compris.

Texte et photos

A l’étage qui offre une vision extérieure de l’ensemble de l’installation, une série de photos en noir et blanc, peu lisibles, et un texte, ouvrent des perspectives sur l’intention des auteurs et orientent notre interprétation. Les images sont extraites de la presse économique, le ton est critique et les mots engagent à des connexions entre l’humain et l’infini car l’homme fait partie de ce tout. Et il serait bon qu’il s’en souvienne en tant qu’acteur responsable de l’anthropocène.

BPS22

Vue partielle de l’installation de Gast Bouschet et Nadine Hilbert “Metamorphic Earth” au BPS22. On est happé par un tourbillon qui nous entraîne dans un trou noir!

Claude Lorent – La Libre Belgique, 12/10/2016

– Quick, approximate translation of Claude Lorent’s article:

Fabulous visions of the universe in motion.

At BPS22 in Charleroi, artist duo Gast Bouschet and Nadine Hilbert develop an awareness-raising video installation.

The exhibition is based on a giant video installation, an impressive sound and visual environment in black and white, that totally permeates the visitor situated at its centre, in the dark. We are caught like in a vortex that makes us not only lose ground but sends us into space as a rebellious cosmonaut, disconcerted by what he sees, by what he merges with. Gast Bouschet and Nadine Hilbert have once again conceived and created a masterful work that positions video art at the height of its power, there, where it can not be rivalled by any other form of expression. And we emphasize on this occasion, the architectural quality of the renovation of the BPS22, its ability to adapt to the requirements of current art forms. Projected on the walls and over a height if nine meters, floor and ceiling, the moving images not only capture the eyes but our being as a whole.

Cosmic

Truth be told, we are amazed by what we see. And the participation of the sound – created by American musician Stephen O’Malley – between music and the noise of deep or interstellar space, participates fully in our feeling of disorientation. We can interpret these moving images in which one surreptitiously recognizes here and there; within a sort of chaotic nebula, within energy flows, glimpses of contemporary architecture, people walking, sparks and what one imagines, rightly or wrongly, a cosmic vision of the infinitely large. A sort of imaginary beyond our perceptive abilities. Unless we dive into its reverse, in the infinitely small and swarming as seen by an electron microscope. Or unless this black liquid flowing on a white background is a form of pollution? One thing is certain, the rare humans depicted, of which we do not know if they take part in an apocalyptic scenario or some futuristic science fiction, are foetuses, not of straw, but human, completely swallowed up by their environment. Gast Bouschet and Nadine Hilbert succeed brilliantly in including us in environmental issues and the idea that the universe, from the microscopic to the macroscopic, is constantly changing. Human beings including.

Text and photos

The upper level of the exhibition offers an outside view of the entire installation, a series of photos in black and white, barely readable, and a text piece, opening up perspectives on the intentions of the authors that serves as a guide for our interpretation. The images are from the economic and financial press, the tone is critical and the words engage connections between the human and the infinite as man is part of it all. And it would be good for us to remember this as actors responsible for the Anthropocene.

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Partial view of Gast Bouschet & Nadine Hilbert “Metamorphic Earth” installation at BPS22. One is struck by a vortex that draws us into a black hole!

Claude Lorent – La Libre Belgique, 12/10/2016

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Metamorphic Earth

Cette œuvre multimédia monumentale et vivante se situe au croisement de la vidéo, de la photographie, de l’installation, du dessin et de la matérialisation du son. Fruit d’un travail évolutif et des voyages du duo d’artistes luxembourgeois Gast Bouschet et Nadine Hilbert, elle invite, par une immersion totale et une expérience physique, à réfléchir sur la relation de l’homme à la planète et à l’univers. Collision des images et du son, fusion, fission, flux organiques, formats macros et micros se télescopent dans un magma noir et blanc où les repères se perdent, le stable devient instable, le naturel se fond avec le culturel. Ce tableau se complète en mezzanine, où les artistes convoquent l’énergie naturelle et surnaturelle, révélant par moment ces endroits de contact à l’autre, fut-il non humain, terrestre ou cosmique. En rejetant tout anthropocentrisme, cette installation recrée un univers où l’homme se retrouve intimement lié à son environnement. L’architecture du lieu, ici re-formatée, occultée sur deux étages, participe pleinement à la mise en valeur de cette œuvre renforcée par l’énergie dark et métallique de la musique – presque matière – de Stephen O’Malley.

http://mu-inthecity.com/2016/10/panoramas-paysages-metamorphiques-au-bps22/

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On est bien peu de choses

josée hansen

Il paraît qu’avant la rénovation du BPS22 à Charleroi, impressionnant bâtiment industriel en verre et en fer qui remonte au début du siècle dernier et qui abrite le Musée d’art de la province du Hainaut depuis 2000, la salle Pierre Dupont faisait fonction de gymnase improvisé pour les équipes du musée, qui s’y détendaient en jouant au basket. Et pour cause : la salle principale fait neuf mètres sous plafond. Grâce à la rénovation qui vient de s’achever, la surface d’exposition du BPS22 est passée de mille à 2 500 mètres carrés, transformant notamment cette salle qui se trouve directement à l’entrée en grande white box. Pour l’exposition inaugurale de ce nouveau lieu, le directeur Pierre-Olivier Rollin a invité le duo d’artistes luxembourgeois Gast Bouschet et Nadine Hilbert, qui vivent et travaillent à Bruxelles, à en prendre possession. S’opposant avec acharnement à cette « époque qui est obsédée par la lumière et la clarté » (Gast Bouschet), les deux artistes ont (bien sûr) tout fait repeindre en noir.

Pour voir, ou plutôt pour vivre l’expérience Metamorphic earth du duo, en collaboration avec le musicien Stephen O’Malley qui a réalisé la bande son, on entre donc dans une black box, plongée dans le noir, où on est happé par les grandes projections, aux quatre murs et au sol. Le son, un puissant vrombissement très sombre, emporte le spectateur dans l’univers de Gast Bouschet et de Nadine Hilbert, un univers fait d’images de lave bouillonnante, de paysages lunaires, de plans rapprochés sur l’infiniment petit, mais aussi sur des paysages urbains filmés comme des natures mortes, où un nuage de fumée s’échappe d’un égout devant des dizaines de fenêtres éclairées d’un bâtiment de bureaux moderne. Parfois, une silhouette urbaine glisse rapidement devant une image, mais la plupart du temps, on est transporté tout entier par ce magma de formes noires et blanches au contraste poussé à l’extrême, l’expérience en devient hypnotique. On est ébahi par la beauté des images et l’équilibre silencieux de cet univers majestueux, bien que menaçant.

Foncièrement anti-capitalistes, Gast Bouschet et Nadine Hilbert se situent non seulement loin du marché de l’art, mais aussi à l’opposé des esthétiques et théories ambiantes. Si la tendance est à un art facilement accessible, abstrait et coloré, eux prônent une esthétique sombre et presque inquiétante. Si les philosophes parlent d’anthropocène, soit l’ère marquée par l’homme, eux s’implantent dans un temps beaucoup plus long, celui géologique, qui dialogue avec l’éphémère passage d’une vie humaine sur terre. Si l’œuvre s’appelle Metamorphic earth, c’est pour signifier les métamorphoses de l’homme et ceux de la terre dans le temps. Une planète qui semble éternelle, mais est en fait constamment soumise à de profonds changements. Les artistes parlent de « sorcellerie » pour définir leur approche de l’art : une manière de reconnecter « l’humain et le non-humain, le terrestre et le cosmique ».

Au premier étage, le long du couloir qui longe la grande salle ouverte jusqu’aux combles, toujours plongés dans le noir, des photos et des textes, (juste éclairés par des sports), donnent les clés de lecture, notamment le manifeste Aux sorciers écrit par Gast Bouschet, qui se termine avec la belle injonction que « Nous ne devons pas exclure la possibilité de rencontrer de façon créative l’inconnu ». Alors que pour des installations antérieures, notamment leur pavillon Collision zone, en 2009 à la biennale d’art de Venise (sur les zones qui relient les continents africain et européen et par lesquelles transitent les migrants africains), ou la collection de photos The Space between us (réalisée en Afrique du Sud et acquise en 2002 par la province du Hainaut), les artistes se consacraient à un segment géographique ou temporel de l’humanité, ils veulent cette fois l’englober dans son entièreté. Et nous dire que nous sommes bien peu de choses face à des métamorphoses qui nous dépassent. Vues d’en haut, de la balustrade du premier étage, les projections de Metamorphic earth happent le spectateur, l’engloutissent par leur beauté aride, deviennent comme une mise en garde, un véritable memento mori. Et un appel à l’humilité face à un cosmos dont l’éternité silencieuse et l’équilibre sont constamment menacés par l’homme.

L’installation Metamorphic earth de Gast Bouschet & Nadine Hilbert est visible au BPS22 – Musée d’art de la province de Hainaut jusqu’au 22 janvier 2017. Pour le finissage de l’exposition, qui aura lieu, le 21 janvier 2017, il y aura une performance dansée de Alkistis Dimech avec la musique live de Kevin Muhlen (le directeur du Casino Luxembourg), plus un concert de Stephen O’Malley, le tout accompagné de nouvelles projections vidéos.

d’Letzebuerger Land, 18.11.2016

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Metamorphic Earth: immersion virtuelle dans le souffle du volcan.

Au BPS22, en images et sons, une installation fœtale pour s’aventurer aux confins du vivant.

C’est une chambre noire. On y entre, caverne parcourue de filaments anarchiques, vif-argent. Au sol, des taches mobiles, fluides. On pense aux lumières d’un jour d’été vu à travers une canopée. Ou les reflets du soleil parcourant l’eau d’une rivière. Plutôt ça, d’ailleurs, des enfants en visite, traverse cette zone en faisant des mouvements de brasse. Ils y sont immergés. Avant de voir distinctement, on entend, on ressent. C’est une musique de drone, musique d’entrailles, une enveloppe de vibrations rauques qui effritent calmement la tranquillité du corps, la rend grouillante d’idées informulées. Six grands écrans projettent des images en noir et blanc. Ce qui prédomine sont les bourrasques de grêles, de gouttes, de flocons, les rafales de pluies ou d’étincelles, les tornades de poussières, de cendres ou d’escarbilles, en pagaille. Aux approches d’un volcan, d’une forge. Mais dans ces myriades de particules se dessinent des formes, des intentions, des structures cachées. Quelque chose se construit. Ou des ruissellements sur des roches, des filets sombres, le sang de la terre. Des masses gazeuses, des sommets montagneux, se dispersent. Des astres symboliques aveuglent la nuit. Des filaments, des vies sommaires des profondeurs, s’agitent, répètent le même geste, à l’infini. Des tressaillements qui agitent des tissus inertes et inertes, humains ou industriels. Le cheminement des flux à travers la matière noire. À quoi répond le cheminement anonyme d’une foule dans une grande ville brouillée. À l’impression de sentir son regard aspiré par le centre de la terre répond les allées et venues d’un ascenseur extérieur qui surplombe la cité avant de plonger. Aux structures humorales de la roche ou des boues utérines s’oppose le survol de quadrillages de structures métalliques, voire un panorama de circuits numériques. Le regard cherche un point de fuite, une perspective, mais n’en trouve point, impossible de déterminer si ce sont des matières à l’agonie ou en train de palpiter de nouvelles vies qui s’inventent à tâtons. Est-ce la terre en train d’agonir, dévisagée, ou se recomposant ? Il faut rester longtemps, il y a des coussins. C’est en boucle, sans fin, le même, mais jamais pareil. Labyrinthique. Il n’y a plus ni dedans ni dehors. À force de regarder ces membranes lumineuses, de les sentir nous traverser, l’effet immersif joue à plein, il est difficile de ne pas avoir l’impression qu’elles se fondent avec notre peau. Ce que l’on voit ainsi germer, fermenter, n’est-ce pas ce le vivant qui traverse nos organes ? L’expérience esthétique, diverse, multiple, que procure cette installation fait éprouver l’absence de séparation entre soi (représentant de l’espèce humaine visitant un musée) et toutes les autres manifestations du vivant. Il n’y a plus de séparation. Tout communique. Dans cette caverne, il n’y a pas de centre à chercher, plus d’anthropocentrisme, emporté par les ruissellements, l’homme doit trouver autre chose.

Pierre Hemptinne

https://www.pointculture.be/article/focus/immersion-virtuelle-dans-le-souffle-du-volcan/

Leslie Artamonow 3

Installation photos by Leslie Artamonow

Rehearsal for January 2017 performance: Alkistis Dimech at BPS22:

Alkistis 2

Alkistis 1

Gast Bouschet & Nadine Hilbert
Metamorphic Earth
Music by Stephen O’Malley
September 24, 2016–January 22, 2017

Night of Radiant Darkness: January 21, 8–11pm, Performance, live music and projections

BPS22, Hainaut Province’s Art Museum
Boulevard Solvay,22
6000 Charleroi
Belgium
Hours: Tuesday–Sunday 11am–7pm

Over the past few years, Luxembourg duo Gast Bouschet and Nadine Hilbert have developed a multifaceted body of work at the crossroads of several media (video, photography, sound, etc.) and disciplines (visual arts, music, dance).

Metamorphic Earth is a new immersive video installation by the artists whose art focuses on the relationship between mankind and its environment.

Continuing their visual and theoretical research, they address new theories and studies on the evolution of the planet, such as the philosophical movements of “Speculative Realism” and “Dark Ecology” without actually illustrating them. While they share the rejection of anthropocentrism and the desire to integrate humans into a complex network of universal energy flows, Bouschet and Hilbert set themselves apart by the admitted “savagery” of their work, which seeks more to physically and psychically shake up the audience, rather than to suggest articulated thought or narratives.

For the exhibit at BPS22, the new Pierre Dupont room was completely obscured to accommodate seven immense video projections that cover its walls and floor, immersing the viewers in a whirlwind of animated images. The sequences alternate between visions of geological details shot in desert and wilderness areas and architectural views of global cities. In their moving images, all in black and white, perceptions are blended and reference points continually shift: the infinitely large mixes with the infinitely small; the stable with the unstable; the natural with the cultural; life with death, beginning with end; etc.

The exhibit thus plunges the viewer into an immersive experience that destabilises perceptual reference points. The experience is even more destabilising as Metamorphic Earth is set to the rhythm of a powerful soundtrack, specially created by American musician Stephen O’Malley, cofounder of drone giants Sunn O))). His massive score further increases the impression of whirling and immersion in an energetic flow of incessant transformations.

For the last night of the exhibition, on Saturday, January 21, the BPS22 will be converted to host two events connected to Metamorphic Earth: a dance performance by Alkistis Dimech with music by Kevin Muhlen and Angelo Mangini and a concert by Stephen O’Malley. New projections by Gast Bouschet and Nadine Hilbert will accompany these performances.

ME Poster