
COLLISION ZONE AT THE 53rd VENICE BIENNALE

Luxembourg Pavilion, 2009
Artists: Gast Bouschet & Nadine Hilbert
Curator: Christian Mosar
Coordinator: Kevin Muhlen, Casino Luxembourg
Organiser: Casino Luxembourg, Forum d'Art Contemporain
Under the patronage of the Ministry for Culture, Higher Education and Research, Luxembourg
Soundtrack in collaboration with Y.E.R.M.O.
Dans les annĂ©es 1990, Nadine Hilbert et Gast Bouschet se sont associĂ©s pour dĂ©velopper un monde visuel Ă partir de la photographie pour aboutir au travail actuel qui relie images fixes et images en mouvement. Dans le cadre de la 53e Ă©dition de la Biennale de Venise, les artistes prĂ©senteront une installation intitulĂ©e Collision Zone au centre de laquelle une suite dâimages vidĂ©o tournĂ©es prĂšs du dĂ©troit de Gibraltar et sur les cĂŽtes de Sicile forment une rĂ©flexion Ă plusieurs niveaux, tant esthĂ©tiques que sociopolitiques. Le titre de leur travail signifie ici bien plus quâun entrechoc de plaques continentales, bien que, Ă un degrĂ© diffĂ©rent, lâimagerie gĂ©ologique soit omniprĂ©sente dans leur travail cinĂ©matographique. Nadine Hilbert et Gast Bouschet se sont rendus aux frontiĂšres de lâEurope, plus particuliĂšrement sur des sites oĂč lâEurope est en passe de devenir un des territoires les mieux protĂ©gĂ©s au monde. Ces frontiĂšres dĂ©finies comme la forteresse de lâEurope, Frantz Fanon en avait dĂ©jĂ pressenti, en 1961, la froideur et la cruautĂ©, dans sa rĂ©alitĂ© physique. 1
Collision Zone devient lâimage dâune rupture entre deux mondes, le continent africain et lâUnion europĂ©enne. Dans cette parabole, lâĂ©lĂ©gance esthĂ©tique des images et du son devient victime dâune subduction noire et menaçante qui constitue lâambiance particuliĂšre des travaux rĂ©cents du couple dâartistes. En rĂ©sulte des archives dâimages filmĂ©es et de sons enregistrĂ©s sur place. Ces documents sont Ă la base dâun travail de montage filmique et dâassociation dâidĂ©es qui prolongent le concept de Collision Zone Ă la sphĂšre Ă©minemment politique de la question du droit Ă lâimmigration. 2
Au-delĂ de cette immanence tragique, une dimension supplĂ©mentaire dans leur travail relĂšve du monde mytho-technologique, tel que J.G. Ballard lâavait illustrĂ© dans son roman Crash ! en 1974. 3 Les films de Nadine Hilbert et Gast Bouschet mĂ©langent modernitĂ© apparente et archaĂŻsme profond.
(Christian Mosar)
1 « LâEurope a pris la direction du monde avec ardeur, cynisme et violence. Et voyez combien lâombre de ses monuments sâĂ©tend et se multiplie. Chaque mouvement de lâEurope a fait craquer les limites de lâespace et celles de la pensĂ©e. LâEurope sâest refusĂ©e Ă toute humilitĂ©, Ă toute modestie, mais aussi Ă toute sollicitude, Ă toute tendresse. » Frantz Fanon, Les damnĂ©s de la terre, François Maspero Ăditeur, 1981.
2 La bande sonore de l'installation mélange enregistrements de terrain et plages musicales développés en collaboration avec Y.E.R.M.O. (Yannick Franck, Xavier Dubois). Y.E.R.M.O. crée un univers sonore abstrait aux tonalités monochromes. Favorisant une multitude des sources et de processus, Y.E.R.M.O. construit des environnements sonores expressifs et méditatifs.
3 « La science et la technologie prolifĂšrent autour de nous, au point de nous dicter notre langage. Nous avons le choix : utiliser ce langage ou demeurer muets. Par un paradoxe non dĂ©nuĂ© dâironie, la science-fiction et devenue la premiĂšre victime de ce monde quâelle a contribuĂ© Ă crĂ©er. Lâavenir envisagĂ© par les auteurs des annĂ©es 40 et 50 est devenu notre passĂ©. Les images dominantes, non seulement celles du premier pas sur la Lune ou du premier vol interplanĂ©taire, mais aussi celles de rapports sociaux et de structures politiques en mutation dans un univers dominĂ© par la technologie, ressemblent aujourdâhui Ă de gigantesques Ă©lĂ©ments de dĂ©cor, mis au rancart dans une coulisse obscure. » J.G. Ballard, Crash !, 1974. Extrait de la prĂ©face Ă lâĂ©dition française.

Installation view, Luxembourg Pavilion 53rd Venice Biennale
Barbaric Territories
Collision Zone, Gast Bouschet & Nadine Hilbertâs installation for the Luxembourg Pavilion at the 2009 Venice Biennale, provides a multifaceted perspective on one of the most pressing political issues of our time. Drawing on the observation that the separation of the African and European continents is a growing source of tension, the artists directed their attention to a phenomenon which could be globally termed âthe culture of separationâ.
Collision Zone communicates the physical reality of this continental gap through a sequence of images recorded in geographical areas where the two worlds â a rapidly changing Africa versus an increasingly paranoid âFortress Europeâ â face each other. The focal point of this obsession is the Mediterranean, which today, as one of the worldâs most closely monitored maritime spaces, acts as an âinvisible wallâ, or natural border, where the geological and human divide concentrates.
While investigating areas that lie at the outer limits of civilisation or communal life and beyond, Collision Zone transcends the restrictive framework of a study on cultural identity. Instead of producing a mere travelogue, the artistsâ intention was to adopt a distinctly sensible approach to a complex issue. Their work is thus the result of an âassimilatedâ perspective rather than a simple observation or documentary recording of a topography whose description eludes traditional narratives.
Investigating the antagonisms arising from this situation, Gast Bouschet & Nadine Hilbertâs visually and acoustically immersive installation unfolds its argument on various levels. The koinos kosmos, a concept used by the science-fiction author Philip K. Dick to refer to the commonly accepted notion of ârealityâ, is here undermined by way of a mise en abyme which allows the gaze to refocus on the more fundamental aspects of the human condition. The artistsâ perspective reaches deep beneath the surface to unearth a radical reinterpretation of the traditional concept of animism. Following this logic, Collision Zone assimilates man to nature through a series of visual and acoustic analogies, which suggest the existence of a deeper identity, rooted, as it were, between the human flesh and the mineral world. In this context the recurring image of an insect as an ambivalent metaphor posits a contiguity with nature which appears all the more threatening as most species of insects are known to display aggressive behaviour (territorial defence, predation, etc.)
The balance of power has long since shifted from zones of cohabitation to zones of collision, whose typical indistinctness, enhanced by the silence that surrounds them, affects our perception of events. On these barbaric territories â sites of individual losses and common aspirations â civilisation seems to drown in chaos, as geology itself suddenly looks threatening. One communityâs aspirations cause another oneâs fear, conjuring up the ghosts that haunt the Old Continent. It is the fear that paralyses the body and suspends time. Trapped in a territory of absence, roaming through wastelands, the actors in this daunting play are struggling with a hostile environment while facing a distinctly uncertain future. The fragile status quo that characterizes the condition in these zones of uncertainty is time and again threatened by violent outbursts, alternating with states of lethargy that thwart the individualsâ capacity to act. Only one thing may really be taken for granted, that is, the inevitable drift of the African continent towards the European tectonic plate caused by an irregular but sensible movement of subduction.
While drawing on âautobiographicalâ experiences, Collision Zone also reflects Gast Bouschet & Nadine Hilbertâs desire to emphasize the fundamental earnestness of their approach by working independently, not to say self-sufficiently. The data they collect during their trips is thus condensed in their work by means of a strategy of artistic appropriation. Their installation Collision Zone proposes a perspective that confronts us with the Other â a vision from which emerges the disquieting sense that the inorganic is all but inert.
(Christian Mosar)

Installation view, Luxembourg Pavilion 53rd Venice Biennale

Installation views, Luxembourg Pavilion 53rd Venice Biennale
Bouschet & Hilbert: Collision Zone
«Croire au monde, câest ce qui nous manque le plus; nous avons tout Ă fait perdu le monde, on nous en a dĂ©possĂ©dĂ©. Croire au monde, câest aussi bien susciter des Ă©vĂ©nements mĂȘme petits qui Ă©chappent au contrĂŽle, ou faire naĂźtre de nouveaux espaces-temps, mĂȘme de surfaces ou de volumes rĂ©duits. Câest ce que vous appelez pietas. Câest au niveau de chaque tentative que se juge la capacitĂ© de rĂ©sistance ou au contraire la soumission Ă un contrĂŽle. Il faut Ă la fois crĂ©ation et peuple». (1)
VĂ©ritable essai filmique, Collision Zone de Gast Bouschet & Nadine Hilbert en collaboration avec Y.E.R.M.O (Yannick Franck & Xavier Dubois) pour la crĂ©ation de sa bande son, reprĂ©sente le Grand-DuchĂ© de Luxembourg Ă la Caâ del Duca, consacrĂ©e pavillon national depuis 1999, faisant assurĂ©ment de ce-dernier lâun des plus pertinents que compte cette 53Ăšme Ă©dition de la Biennale de Venise.
Tel lâĂ©voque son intitulĂ©, Collision Zone, filmĂ© en vidĂ©o aux confins de lâEurope et de lâAfrique - cĂŽtes de Sicile, dĂ©troit de Gibraltar, enclave de Ceuta, âŠ- par ce couple dâartistes luxembourgeois volontiers nomade ayant fait de Bruxelles son point dâancrage, livre, au sein dâun dispositif audiovisuel extrĂȘmement maĂźtrisĂ©, une expĂ©rience physique quasi essentialiste de ce schisme gĂ©ographique, de sa rĂ©alitĂ© gĂ©opolitique sous tension toujours accrue et, au-delĂ de notre condition humaine.
Ainsi, lâinstallation orchestre-t-elle, en de multiples regards non dĂ©pourvus dâun certain animisme, une immersion visuelle et sonore du spectateur confrontĂ© Ă lâun des principaux enjeux sociopolitiques actuels : alors que le continent africain continue inexorablement sa remontĂ©e vers lâEurope, celle-ci, sous lâemprise dâune irrĂ©pressible paranoĂŻa et sous couvert du projet S.I.V.E. (SystĂšme intĂ©grĂ© de surveillance extĂ©rieure) ratifiĂ© par lâUnion europĂ©enne, dans la droite ligne des accords de Schengen (espace europĂ©en entamant un processus de «frontiĂšrisation» de ses limites extĂ©rieures), se mue, en son pourtour mĂ©diterranĂ©en, en une vĂ©ritable forteresse.
Il nâest dâailleurs pas anodin, du fait de ces artistes, dâexposer Collision Zone en pavillon luxembourgeois, charriant dans son sillage les effets de dĂ©cisions prises Ă Bruxelles et au Grand-DuchĂ©. Davantage mĂȘme, cela ressortit-il dâune posture politique et engagĂ©e, la plus notoire Ă lâĆuvre dans cette piĂšce qui, par-delĂ une rĂ©flexion sur les frontiĂšres, leur construction arbitrairement politique et le droit de tout un chacun Ă lâimmigration, entend nous plonger au cĆur dâune Ă©nergie vitale gĂ©nĂ©rĂ©e par notre rapport physique, symbolique et sensoriel aux forces de notre environnement naturel.
Sur fond musical trĂšs dark ambient, composition dâenregistrements de terrain et de plages musicales en un univers abstrait monochromatique, expressif et mĂ©ditatif, lâinstallation vidĂ©o â dispositif dâĂ©crans et de projections en diverses salles - assume son statut, ne cachant rien de son architecture cĂąblĂ©e allant jusquâĂ parasiter sciemment lâimage Ă lâinstar, mĂ©taphoriquement parler, de la figure menaçante de lâintrus tant fantasmĂ©e par nos sociĂ©tĂ©s libĂ©rales et paranoĂŻaques. Que lâon ne sây mĂ©prenne toutefois pas, Collision Zone bien que reflĂ©tant «le cĂŽtĂ© sombre de lâidentitĂ© europĂ©enne» pour reprendre les propos des artistes (2) nâa rien dâun film documentaire ou dâun quelconque rĂ©cit de voyage. LâĆuvre tiendrait plutĂŽt de lâessai filmique en ce que ses auteurs, au-delĂ du propos social et gĂ©opolitique, tel le commente Christian Mosar, commissaire du pavillon, «rĂ©ussissent Ă dĂ©gager (âŠ) une vision plus incisive, qui sâapparente Ă une rĂ©interprĂ©tation radicale du concept dâanimisme» (3).
De fait, lâinstallation joue-t-elle avec force et poĂ©sie dâune multitude de registres â bande son, temporalitĂ©s, coloration crĂ©pusculaire de lâimage, tension entre visions micro et macroscopique (4), brouillage visuel - qui concourent Ă nous confronter, en ces territoires dĂ©shumanisĂ©s sous le joug dâun rapport de force violent et unilatĂ©ral, Ă ce qui nous relie profondĂ©ment les uns aux autres, Ă notre appartenance quasi consubstantielle aux linĂ©aments du monde naturel.
Ainsi, dans ces zones de collision sous haute tension filmĂ©es de jour en lumiĂšre artificielle leur confĂ©rant une tonalitĂ© bleuĂątre (5) et onirique, sourd, comme sous lâeffet cathartique dâun rituel qui condenserait nos peurs, une beautĂ© primale, une force naturelle dont lâintensitĂ© libĂšre, malgrĂ© la dĂ©solation et lâangoisse que gĂ©nĂšrent ces lieux indistincts, un certain sentiment dâeuphorie en lien avec les forces vives de lâunivers. En un temps qui semble suspendu bien que travaillĂ© dâimperceptibles mutations, Ă lâimage de la lente subduction tectonique du continent noir, en ce no manâs land oĂč la civilisation semble avoir dĂ©sertĂ© au profit des seuls avatars du contrĂŽle et de la relĂ©gation - miradors, hĂ©licoptĂšres, abris de fortune Ă la lisiĂšre inhospitaliĂšre de citĂ©s qui le sont tout autant-, la nature menaçante, en la rudesse de ses Ă©lĂ©ments climatiques et gĂ©omorphiques, reprend ses droits, et captive le regardeur, partagĂ© entre lĂ©thargie et surgissement de lâimage, peur lĂ©tale et sentiment dâĂ©lĂ©vation.
Collision Zone relĂšve dâun processus complexe et abouti de subjectivisation de lâimage enregistrĂ©e qui, loin dâun seul retour au sujet â la mutation et lâincidence de systĂšmes politiques et socio-Ă©conomiques dans la morphologie des tissus urbains et des zones frontiĂšres-, le dĂ©ploie pour y insuffler une rĂ©sistance salutaire tant Ă lâimage formatĂ©e quâau formatage visuel et conceptuel de nos sociĂ©tĂ©s. Une Ă©thique de la distance, la construction dâun monde.
(Christine Jamart, l'art mĂȘme)
(1) Gilles Deleuze, Pourparlers, Paris, 1990. CitĂ© in RĂ©gis Michel, LâĆil-Ă©cran ou la nouvelle image. 100 vidĂ©os pour repenser le monde, p. 216, cat. de lâexposition Ă©ponyme, Casino Luxembourg â Forum dâart contemporain, 24.03 â 17.06.07
#2) in extrait dâun entretien entre les artistes et Christian Mosar, le 12.03.09, publiĂ© dans lâĂ©dition accompagnant lâexposition: Collision Zone. Gast Bouschet and Nadine Hilbert, 2009, texte de Christian Mosar intitulĂ© «Territoires barbares».
#3) in Christian Mosar, «Territoires barbares», idem
#4) Lâinsecte, symbole pour lâAfrique du voyage entre deux mondes, entre la vie et la mort, est ici rĂ©current
#5) Il est ici Ă souligner quâune seule et mĂȘme coloration des images, qui semblent ainsi captĂ©es entre nuit et jour, permet de relier, en une mĂȘme atmosphĂšre, diverses rĂ©alitĂ©s. En outre, dans lâAntiquitĂ©, le bleu est associĂ© au trouble et, par extension, Ă lâĂ©tranger, aux barbares. Cette coloration traduit de ce fait la prĂ©gnance dâun regard europĂ©en sur les choses. Enfin, elle induit une prise de distance avec une rĂ©alitĂ© documentaire.

Un entretien avec Gast Bouschet
Dystopies
Questions : Josée Hansen
dâLĂ«tzebuerger Land: Est-ce que Collision Zone est un projet de cinĂ©ma ou dâart ?
Gast Bouschet : Je suppose que la rĂ©ception de notre travail dĂ©pend du contexte dans lequel il est montrĂ©. Quand on montre un de nos films dans une salle de cinĂ©ma (comme on lâa fait dans le contexte du festival Sonic Visions au Kinosch Ă Esch), les spectateurs vont associer ce travail au cinĂ©ma. Par contre, si on propose de montrer le travail Ă lâaide de plusieurs projecteurs, par exemple dans le cadre dâune biennale dâart contemporain, les gens vont probablement associer Collision Zone Ă lâart. Pour nous, cette division nâa pas vraiment de sens. On se situe de toute façon en dehors de ce qui se fait dans le cinĂ©ma ou dans lâart contemporain.
Collision Zone nâest pas vraiment une oeuvre cinĂ©matographique, il nây a pas de narration, on ne travaille pas avec des acteurs, etc. Ce nâest pas non plus du cinĂ©ma documentaire. On se sent en gĂ©nĂ©ral peu concernĂ© aussi par lâart contemporain, trop autorĂ©fĂ©rentiel et obsĂ©dĂ© par la modernitĂ©. Ce qui nous importe, câest dâoffrir au public la possibilitĂ© de vivre des expĂ©riences communes et de se positionner dans le monde.
Sâagit-il dâune oeuvre politique, qui critique par exemple, les rapports Nord/Sud ?
Lâoeuvre est surtout politique par ses modes de production. On travaille dâune façon trĂšs autonome. On fait pratiquement tout nous-mĂȘmes, les prises de vue, le montage, lâinstallation, etc. On considĂšre ces choix comme Ă©tant Ă©minemment politiques et on les applique pour ne pas se faire rĂ©cupĂ©rer, pour garder la puissance initiale de lâoeuvre. En ce qui concerne lâart qui se veut ouvertement politique, on pense quâil est souvent tĂ©moin dâune grande naĂŻvetĂ© en ce qui concerne son pouvoir dâaction sur le monde politique. Donc notre travail nâest pas critique, on fait des propositions de prise de conscience de notre identitĂ© collective. Ă un niveau personnel, on estime que lâexclusion du continent africain est une bombe Ă retardement, mais on Ă©vite de vĂ©hiculer un message politique Ă travers notre travail. Les gens sont libres de lâinterprĂ©ter comme ils veulent, ils peuvent sâidentifier Ă ce quâon propose comme ils peuvent sâen distancier â Ă eux de dĂ©cider.
Vos oeuvres sont souvent trĂšs poĂ©tiques, trĂšs Ă©mouvantes aussi, on a une impression physique en les regardant â nâavez vous pas peur des effets secondaires ? Qui dĂ©passent lâentendement intellectuel? Ou est-ce justement ce que vous recherchez...
La premiĂšre approche est physique et Ă©motionnelle, mais notre travail se construit en couches superposĂ©es. Il fait aussi rĂ©fĂ©rence Ă lâactualitĂ© politique et sociale ainsi quâaux mythes et au sacrĂ©. Câest vrai quâon a une approche radicalement poĂ©tique de lâexistence. Notre installation pour la Biennale de Venise sera une expĂ©rience commune dont le but recherchĂ© est une intensification de la conscience. Dans ce contexte, câest sans doute intĂ©ressant de savoir que notre travail est influencĂ© par le mouvement AcĂ©phale de Georges Bataille, qui consistait en une contestation de la raison et un dĂ©placement de la pensĂ©e vers lâextase.
Quel est le rapport entre lâimage et le son ?
Les sons et les images sont inextricablement liĂ©s et se contaminent mutuellement. La bande sonore a Ă©tĂ© créée en respectant le dĂ©ploiement des images vidĂ©os et en prenant en considĂ©ration les particularitĂ©s architecturales de la Caâ del Duca, Ă savoir cinq piĂšces sĂ©parĂ©es de taille inĂ©gales. On a donc rĂ©alisĂ©, en collaboration avec Y.E.R.M.O., cinq bandes sonores distinctes qui vont se superposer afin de crĂ©er un univers sonore puissant et extrĂȘmement dense, fidĂšle Ă lâimaginaire tectonique omniprĂ©sent dans les rĂ©alisations vidĂ©os.
Qui est Y.E.R.M.O ?
Y.E.R.M.O. est un groupe qui se situe Ă la frontiĂšre de la musique post-industrielle et noise. Il se compose de Yannick Franck et de Xavier Dubois, deux musiciens belges que travaillent ensemble depuis 2004. On les a contactĂ©s il y a deux ans pour leur proposer dâĂ©laborer la bande sonore de Collision Zone avec nous, et depuis lors, notre collaboration a abouti Ă une performance live lors du festival Sonic Visions Ă la Kulturfabrik Ă Esch et lâĂ©laboration de la bande sonore pour The Crossing quâon a proposĂ© lors de lâexposition Elo â Inner Exile Outer Limits au Mudam. Notre mĂ©thode de travail consiste en gros que Nadine et moi procurons les sons dâenregistrements de terrain que Yannick et Xavier transforment et intĂšgrent par la suite dans leurs improvisations sonores.
Comment allez-vous essayer de capter le visiteur stressĂ© de la Biennale, qui nâa souvent que quelques secondes par oeuvre ?
Notre installation est conçue de sorte quâon puisse lâengager Ă nâimporte quel moment et prendre part. Il nây a pas de narration, ni de dĂ©but ou de fin des films. Lâimpact est immĂ©diat. On propose une expĂ©rience de temps condensĂ© et les visiteurs peuvent sâattarder une heure ou seulement quelques secondes. Bien sĂ»r, ceux qui consacrent plus de temps et de profondeur Ă notre installation auront accĂšs Ă des couches de significations plus riches et enfouies.
La Caâ del Duca est un lieu trĂšs dĂ©fini, avec une architecture trĂšs marquante, comment faire fonctionner un film dans ce contexte ?
Notre proposition pour la Biennale de Venise ne consiste pas en un seul film, mais sâarticule autour de plusieurs fragments cinĂ©matographiques diffusĂ©s en projections murales et sur Ă©crans LCD. On est trĂšs conscient du dĂ©fi que ce fractionnement implique, aussi bien au niveau visuel que sonore. Il faut essayer de tirer profit au maximum de la disposition de la Caâ del Duca, inviter le public Ă circuler dans les cinq piĂšces et se positionner par rapport aux oeuvres. On travaille beaucoup la distance que ce positionnement implique. Une distance qui est Ă la fois perceptuelle, physique et Ă©motionnelle. Ce qui nous intĂ©resse avant tout, câest lâexpĂ©rience de lâespace qui nous sĂ©pare du monde et des autres.
Il me semble que lâattente, lâimmobilisme, mais aussi une certaine crainte dâune menace indĂ©finie marquent vos installations, et plus particuliĂšrement celle-ci... Pouvez-vous articuler cela ?
Oui, notre installation vĂ©hicule cette sensation dâĂȘtre piĂ©gĂ© dans le temps. De faire un Ă©ternel sur place. Ce sont des frustrations qui sont symptomatiques dâun vieil Empire. Venise est le lieu idĂ©al pour articuler ses peurs de dĂ©clin, non pas le dĂ©clin dâune ville, mais dâun continent entier.LâEurope a peur de son avenir et surtout de ce qui vient de lâextĂ©rieur et qui pourrait dĂ©stabiliser le statu quo fragile. Les procĂ©dĂ©s qui sont mis en oeuvre pour Ă©loigner les immigrants africains des cĂŽtes europĂ©ennes tĂ©moignent quâon est loin des anciens idĂ©aux humanistes ou dâune sociĂ©tĂ© soit disant « post-raciale ». LâEurope criminalise lâimmigration, on retourne Ă des rĂ©flexes sĂ©curitaires moyenĂągeux et on porte un regard mĂ©fiant et irrespectueux envers les Africains. Dans Collision Zone, on intĂšgre ce regard malveillant dans notre travail. Cette mĂ©thode dâassimilation nâest pas sans risques de mĂ©comprĂ©hension, mais je pense que câest des risques Ă prendre.
Quel est le rapport entre Dreamsequence quâon peut actuellement voir au Mudam, le film avec lequel vous avez prĂ©sentĂ© dans le cadre de Elo, lâoeuvre que vous montrez actuellement Ă la galerie Toxic et le travail pour Venise ?
Ce que ces travaux ont en commun est probablement une certaine vision dystopique de notre sociĂ©tĂ© contemporaine. Ce qui motive leur rĂ©alisation est sans doute aussi la simple volontĂ© de poursuivre nos passions crĂ©atives, et de vivre des expĂ©riences existentielles. De sentir les forces qui animent les ĂȘtres et les choses... les tensions, la jouissance, la souffrance... aussi dâapprofondir la question de savoir ce qui sĂ©pare lâorganique de lâinorganique, la vie de la mort. Quand jâĂ©tais plus jeune, jâessayais Ă chaque fois que jâentreprenais un nouveau travail de renouveler ma façon de voir et dâimaginer le monde. Je me rends de plus en plus compte maintenant quâon est toujours hantĂ© par les mĂȘmes obsessions. Ce qui me semble important Ă ce stade, câest dâarriver Ă les canaliser avec autant de prĂ©cision et dâintensitĂ© possibles.
Comment évoluent les Trustfiles, vos archives en-ligne, par rapport aux installation in situ ?
On a commencĂ© Ă Ă©laborer un nouveau site pour la Biennale de Venise qui sera connectĂ© aux Trustfiles. Ce site aura un certain caractĂšre informatif, mais sera aussi une oeuvre qui permette de voir en ligne nos crĂ©ations rĂ©alisĂ©es dans le cadre de Collision Zone. On tient toujours beaucoup Ă vĂ©hiculer notre travail par le net, mais la rĂ©alisation dâun site comme les Trustfiles devient de plus en plus lourd Ă porter pour nous financiĂšrement. On avait la grande chance de pouvoir travailler pendant sept ans avec un webmaster qui sây donnait Ă fond, pratiquement sans ĂȘtre rĂ©munĂ©rĂ©, parce quâil croyait fort en notre travail, quâil aimait collaborer avec nous, mais la vie Ă©volue, il est trĂšs occupĂ© maintenant, il a une entreprise Ă gĂ©rer, il est devenu papa... Donc il faut voir comment faire avancer le site dans lâavenir. Ce ne sera pas facile.
Quel est le prochain coin du monde que vous allez exploiter ? Selon quels critĂšres les choisissez-vous ?
Aucune idĂ©e. On est trĂšs concentrĂ© pour le moment Ă mener Ă bien nos prĂ©parations pour la Biennale de Venise. Impossible Ă dire ce qui va ĂȘtre la suite de nos aventures.
(dâLĂ«tzebuerger Land, MusĂ©es, 27 mars 2009, NumĂ©ro 13)
COLLISION ZONE / Gast BOUSCHET & Nadine HILBERT
envoyé par WalkingVoice_TV. -
Reportage réalisé par Michel Clerbois pour Walking Voice TV
Biennale de Venise 2009
Le temps suspendu
Lorsque Gast Bouschet et Nadine Hilbert ont essayĂ© de filmer Ă Ceuta, enclave espagnole au Maroc, connue, comme sa consoeur Melilla, en tant que lieu de passage privilĂ©giĂ© des Ă©migrants marocains, voire subsahariens, vers lâEurope, puis encerclĂ©e par de hauts murs et clĂŽtures, les deux artistes se sont faits arrĂȘter par la police. « On nous a interrogĂ©s, fouillĂ©s, notĂ© notre matĂ©riel... » racontaient ils au Casino Luxembourg lors dâune confĂ©rence donnĂ©e en fĂ©vrier 2008. « Pour eux, dit Christian Mosar, câest essentiel de ressentir les choses, de les vivre physiquement. » Christian Mosar, commissaire du pavillon luxembourgeois Ă la Biennale dâart de Venise cette annĂ©e, a sĂ©lectionnĂ© les deux artistes luxembourgeois qui vivent et travaillent Ă Bruxelles afin de reprĂ©senter le grand-duchĂ©.
La confĂ©rence sâintitulait E schĂ©ine Chaos, un beau chaos, et câest exactement cela, le thĂšme de leur travail : ils rendent comptent du chaos sur cette planĂšte, essayent dâenregistrer le bruit du monde, et utilisent ces images et ces sons comme matiĂšre premiĂšre pour leurs oeuvres : films, installations, performances, site Internet. « Nous voulons montrer un Ă©tat psychologique avec tous les moyens techniques dont nous disposons, lâavait expliquĂ© Gast Bouschet. Et : Nous filmons toujours avec un trĂ©pied, pour que lâimage soit fixe, et ce qui bouge, câest le monde alentour... »
Ces deux derniĂšres annĂ©es, on a pu voir beaucoup de leurs oeuvres au Luxembourg : la vidĂ©o trĂšs poĂ©tique Dreamsequence actuellement encore au Mudam, dans le cadre du Mois de la photo, ou la triple projection The Crossing, qui donnait un premier aperçu de leur projet vĂ©nitien, dans lâexposition Elo â Inner Exile, Outer Limits, toujours au Mudam, au tournant de lâannĂ©e ; ils ont aussi participĂ© aux expositions Enigma et, actuellement, Miroir Miroir Ă la galerie Toxic. Avec, toujours, une constante : leur travail mĂȘle souci esthĂ©tique et message politique, « mais âpolitiqueâ alors non pas dans un sens dâagit-prop, ou de militance pour une tendance, juge Christian Mosar. Ils sâintĂ©ressent Ă la mondialisation et ses rĂ©percussions sur la condition humaine. »
Il sâagit dâune vision politique qui se dĂ©veloppe dans les grandes agglomĂ©rations surtout, sur les continents africain ou latino-amĂ©ricain, oĂč les inĂ©galitĂ©s entre dominants et dominĂ©s sont exacerbĂ©s. Et dans tous les films rĂ©cents, il y a une constante : tout se passe comme si une menace planait sur lâhomme et la planĂšte, comme si la nature annonçait ou portait les traces de grandes catastrophes ou dâaffrontements graves. MĂȘme un plan fixe sur le brouillard qui se lĂšve ou un gros plan sur la feuille dâune plante peuvent devenir symboliques de cette ambiance. Afin dâavoir un contrĂŽle total sur le rĂ©sultat, les deux artistes font tout eux-mĂȘmes (voir aussi notre entretien ci-contre) ; lâambiance est amplifiĂ©e grĂące aux field recordings et Ă lâemploi dâune bande sonore sophistiquĂ©e pour laquelle ils travaillent souvent avec des musiciens expĂ©rimentaux.
Ă Venise, Gast Bouschet (nĂ© en 1958) et Nadine Hilbert (1961), qui vivent et travaillent ensemble, vont montrer Collision Zone, une installation vidĂ©o qui se dĂ©roulera en parallĂšle dans les cinq salles de la Caâ del Duca, lâhĂŽtel particulier que lâĂtat luxembourgeois loue depuis une dizaine dâannĂ©es pour les biennales dâart et dâarchitecture. Les salles du palazzo du XVe siĂšcle, que Jill Mercedes avait baignĂ©es dans une ambiance chaude et lumineuse pour son Endless Lust en 2007, seront cette fois-ci complĂštement obscurcies pour une immersion visuelle totale dans les images de Collision Zone, qui sera montrĂ© en plusieurs parties montĂ©es en parallĂšle. Objectif : faire en sorte que les visiteurs, submergĂ©s dâimages et dâimpressions dans tous les pavillons nationaux et les grandes expositions thĂ©matiques, accrochent immĂ©diatement, quâils aient une forte impression en trĂšs peu de temps â et quâils restent.
Collision Zone a Ă©tĂ© tournĂ© Ă la pointe Sud de lâEspagne, prĂšs du dĂ©troit de Gibraltar, oĂč une quinzaine de kilomĂštres seulement sĂ©parent le continent africain du continent europĂ©en â ces quinze kilomĂštres oĂč pĂ©rissent chaque annĂ©e des milliers de clandestins, qui rĂȘvaient dâune vie meilleure en Europe. Pour Gast Bouschet, la peur europĂ©enne dâune « invasion » dâimmigrants africains et la « forteresse Europe » qui est construite aux abords de la MĂ©diterranĂ©e, avec des arsenaux impressionnants de force militaire et de matĂ©riel de surveillance, est non seulement incomprĂ©hensible, mais aussi dangereuse pour lâĂ©quilibre des deux continents.
Mais Collision Zone nâest pas un documentaire sur lâespace Schengen â le fait que la « fortification » remonte aux accords signĂ©s au Luxembourg, qui assurent certes la libre circulation aux citoyens de lâUnion, mais en excluent tous les autres, est un bel argument pour montrer ce film dans le pavillon grand-ducal, câest presque subversif. On nây suit pas les schĂ©mas traditionnels du reportage de tĂ©lĂ©vision avec entretiens de concernĂ©s, politiciens et autres images floutĂ©es. Collision Zone prend ses distances, du recul, et montre des endroits dĂ©laissĂ©s, un monde qui est comme suspendu, aprĂšs les affrontements, aprĂšs le dĂ©part des migrants... Les images sont baignĂ©es dâun bleu trĂšs froid, des contrastes trĂšs forts, tout contribue Ă crĂ©er une ambiance menaçante, parfois mĂȘme dĂ©solante. Gast Bouschet et Nadine Hilbert montrent aussi les infrastructures de surveillance mises en place, phares anciens et camĂ©ras contemporaines.
Reste Ă voir comment le public italien va rĂ©agir Ă Collision Zone, sâil va se sentir interpellĂ© ou provoquĂ©. Car lâItalie connaĂźt une situation comparable Ă celle de lâEspagne : en 2008, 36 900 immigrĂ©s sont arrivĂ©s sur ses cĂŽtes, en provenance dâAfrique. Les habitants de Lampedusa, petite Ăźle Ă lâextrĂȘme Sud, dans lâarchipel de PĂ©lages, se rĂ©voltĂšrent en dĂ©but dâannĂ©e contre les projets du gouvernement italien de bloquer sur cette Ăźle tous les immigrants qui arrivent sur ses cĂŽtes, qui deviendrait ainsi une sorte de centre de rĂ©tention Ă ciel ouvert, le maire parlant mĂȘme dâun « GuantĂ namo dâItalie » (Le Monde du 20 fĂ©vrier 2009). Selon lâAsti, le mouvement de rĂ©volte des immigrants quâont connu Lampedusa et Malte en fĂ©vrier, « sâinscrit dans un contexte dâinstrumentalisation de la question migratoire par un gouvernement italien qui, depuis quâil est au pouvoir, flatte les rĂ©flexes xĂ©nophobes dâune partie de la population pour justifier lâadoption de mesures sĂ©curitaires. » Le travail de Gast Bouschet et de Nadine Hilbert risque donc de faire Ă©cho Ă Venise.
(JosĂ©e Hansen, dâLĂ«tzebuerger Land, MusĂ©es, 27 mars 2009, NumĂ©ro 13)

Collision Zone, catalogue pages

Collision Zone, catalogue pages
Venise : lâhumain en valeur recherchĂ©e
DĂ©cevante, la Biennale de Venise est sauvĂ©e par les effets collatĂ©raux officiels et privĂ©s. Dans ces circonstances, les Ćuvres majeures sont en position de rĂ©sistance... Le meilleur de la Biennale rĂ©side en quelques Ćuvres individuelles, parfois discrĂštes, qui se distinguent de lâensemble par une conscience de lâhumain qui va au-delĂ de lâĂ©motif, par les notions de rĂ©sistance, de respect, de valeurs vitales et de sauvegarde, en des esthĂ©tiques sans esbroufe. Elles se concentrent sur la nĂ©cessitĂ© de dire par lâimage, par le son, par les matĂ©riaux, le monde dans lequel nous respirons parfois difficilement...
Dans ce que lâon a pu voir en ville, on pointera Singapour, surtout le Mexique qui rend prĂ©sente la violence meurtriĂšre du pays de maniĂšre trĂšs sobre mais bouleversante et, en haut du classement, le Luxembourg avec le travail de Nadine Hilbert et Gast Bouschet (vivent Ă Bruxelles). Une installation vidĂ©o impressionnante de puissance, en bleu ni nuit ni jour, sur la "borderline" entre lâEurope et lâAfrique, objet de toutes les surveillances, des contrastes et des questions humaines de lâimmigration. La bande son rejoint les images dans la densitĂ© et le climat oppressant. Les Ćuvres Ă sortir du lot sont toutes en tension humaine, loin du spectaculaire.
(Claude Lorent, La Libre Belgique)

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Routen zu den Bruchlinien der Welt - AusgewÀhlte LÀnderpavillons in Venedig
Neuerlich behalten jene Stimmen unrecht, die fĂŒr eine Abschaffung der Nationenpavillons in Venedig plĂ€dieren... WĂ€hrend neuerdings wieder das âGöttlicheâ der Kunst vereint mit LiebeserklĂ€rungen an Venedig ausgerufen wird, zeigt sich, dass gerade da wo die LĂ€nder sich um Positionierung bemĂŒhen, Diskussionen initiiert werden und eine nomadisierende Kunst Routen legt in Richtung jener neuralgischen Zonen, in denen sich gesellschaftliche und ökonomische VerĂ€nderungen ereignen. Im Kontext der ausufernde GroĂausstellung im Disney- und James-Bond geframten Venezia lĂ€sst sich dies an den Peripherien entdecken... Welch zentrale Rolle IdentitĂ€tsfragen und nationale Symbole derzeit in der Kunst einnehmen, erweist sich im Pavillon Estlands in der NĂ€he des Palazzo Grassi... Eine der gegenwĂ€rtig herausragenden Arbeiten zum Themenkomplex Europa, Nation und IdentitĂ€t.
Auf vollkommen andere Weise beeindruckend die âCollison Zoneâ der KĂŒnstlerInnen Gast Bouchet & Nadine Hilbert im Ausstellungsbereich Luxembourgs, ausgerichtet vom kuratorisch sehr pointiert arbeitenden Casino Luxembourg. Hypnotisch organisierte Bilder verschaltet mit dramatisierendem Sound in mehreren RĂ€umen fĂŒhren teils dokumentarisch, teils in der SphĂ€re des Fiktionalen in Zonen der Migration und des Ăbergangs im mediterranen Raum. Hier wie in anderen LĂ€nder- und Regionen-âPavillonsâ werden nicht âWelten gemachtâ, sondern die Welt reflektiert, indem deren symbolische und realpolitische Ordnungen befragt wird.
(Roland Schöny, Artmagazine)

Collision Zone, catalogue pages

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Le Luxembourg Ă Venise
La Caâ del Duca, un petit palais nichĂ© au bout dâun dĂ©dale de ruelles Ă proximitĂ© du campo Santo Stefano reçoit le pavillon luxembourgeois. Nadine Hilbert (°1961) et Gast Bouschet (°1958) y ont créé un environnement total qui fait complĂštement oublier la topographie des lieux et met au premier plan lâhumain et sa relation tout Ă la fois mythique, gĂ©opolitique et technologique au monde.
DĂšs lâentrĂ©e, un son enveloppe le spectateur â des bruits mĂ©langĂ©s, comme lorsquâon Ă©coute le murmure du monde extĂ©rieur et le grondement intĂ©rieur. Dans lâespace plongĂ© dans lâobscuritĂ©, les images sont teintĂ©es dâun bleu un peu irrĂ©el et pourtant familier. Il Ă©voque le bleu artificiel gĂ©nĂ©rĂ© pas les Ă©crans et on ne sait pas si les images qui sây dessinent en viennent ou si elles y retournent. Elles sont groupĂ©es, projetĂ©es sur le mur ou sur les Ă©crans plasma. Dans chacun de leurs regroupements, des bruits identifiables â de lâeau qui coule ou suinte, un moteur continu, des activitĂ©s industrielles, un orage â sâajoutent au fond sonore. Sur les Ă©crans, des tours de contrĂŽle, des antennes, un hĂ©licoptĂšre au loin qui Ă©voque un moustique, un insecte qui rĂ©pĂšte un mouvement minuscule sur une feuille dâarbre et inquiĂšte. Des bĂątiments semblent abandonnĂ©s le long dâune route, dâune montagne sâĂ©chappe de la brume, des cendres de dĂ©chets oĂč ne reste quâune petite flamme, un homme au visage couvert de terre regarde devant lui, un autre, appuyĂ© contre un mur paraĂźt inquiet. De lâeau, une source ou une dĂ©charge, ruisselle. Les plans son fixes, tout le mouvement se concentre dans ce qui est filmĂ© et dans le montage.
Passer dâun groupement dâĂ©crans Ă un autre revient Ă passer dâun Ă©lĂ©ment Ă un autre â le feu, lâeau, la terre, lâair-, dâun Ă©tat Ă un autre-la nature, la ville. Et partout, au centre de lâimage ou en filigrane, lâĂȘtre lâhumain â sa force, sa fragilitĂ©, son devenir â est le critĂšre. Il nây a pas dâautre rapport dâĂ©chelle quâanthropomorphique; si lâinsecte semble gĂ©ant, câest quâil est inquiĂ©tant, le paysage se rapporte au visage, lâeau qui coule vaut aussi bien pour les petits ruisseaux que pour les grandes riviĂšres. Les assemblages dâĂ©crans renvoient les uns aux autres multipliant les possibilitĂ©s de lecture et crĂ©ant la possibilitĂ© dâun regard nouveau Ă chaque fois.
La bande son Ă Ă©tĂ© créée par Y.E.R.M.O. qui rassemble deux musiciens belges, Yannick Franck et Xavier Dubois. Ils travaillent Ă la frontiĂšre de la musique industrielle et du noise et leur collaboration avec Gast Bouschet et Nadine Hilbert, consiste Ă transformer et intĂ©grer les sons que les deux artistes leurs procurent. Les images ont Ă©tĂ© tournĂ©es prĂšs du dĂ©troit de Gibraltar et sur les cĂŽtes de la Sicile, en MĂ©diterranĂ©e, le lieu dâun entrechoc probable entre les plaques eurasienne et africaine. âCollision Zoneâ est une rĂ©flexion singuliĂšre sur les frontiĂšres tant physiques que fantasmĂ©es de lâEurope, un territoire tellement protĂ©gĂ©, une vĂ©ritable forteresse qui manifeste dâune forme de paranoĂŻa collective.
Lâinstallation se prĂ©sente ainsi comme une rĂ©flexion esthĂ©tique, sociopolitique et gĂ©opolitique. La vision de ce monde (qui est aussi le nĂŽtre) que Gast Bouschet et Nadine Hilbert proposent est rĂ©solument mytho-technologique: Ă une apparence de modernitĂ© sâentremĂȘle un archaĂŻsme profond. Câest celui de la nature humaine en proie aux forces naturelles en mĂȘme temps quâaux forces que lâhomme lui-mĂȘme a créées.
Les deux artistes se sentent proches de Georges Bataille et du travail quâil a dĂ©veloppĂ© dans sa revue âAcĂ©phaleâ. Dans le premier Ă©ditorial, lâĂ©crivain français dĂ©clarait: «Il est temps dâabandonner le monde des civilisĂ©s et sa lumiĂšre. Il est trop tard pour tenir Ă ĂȘtre raisonnable et instruit â ce qui a menĂ© Ă une vie sans attrait. SecrĂštement ou non, il est nĂ©cessaire de devenir tout autres ou de cesser dâĂȘtre», quelques phrases qui rĂ©sonnent singuliĂšrement bien avec cet environnement Ă la fois sensible et interpellant.
(Colette Dubois, H- Art)

Collision Zone, catalogue pages
Zone bleue â lâinstallation Collision Zone Ă la Caâ del Duca
Zone bleue, telle Nadine Hilbert et Gast Bouschet ont transformĂ©e le pavillon du Luxembourg pour cette 53Ăšme biennale, et si le visiteur se trouve pris dâemblĂ©e dans un bleuissement qui ne le quittera plus au long de son parcours et les espaces du petit palazzo sâouvrent et prennent de lâampleur. Les paysages quâil dĂ©couvre Ă travers les images vidĂ©o de diffĂ©rentes dimensions, prennent bien lâallure de zone. Mot qui dit une indĂ©termination, Apollinaire lâa aussi utilisĂ© jadis, mot qui Ă©voque non moins de la misĂšre (câĂ©tait Ă lâĂ©poque la bande de terrains vagues entourant les fortifications de Paris)
Dans ce travail des Bouschet et Hilbert, câest de la frontiĂšre de la forteresse Europe quâil sâagit, dĂ©troit de Gibraltar, cĂŽtes siciliennes. Et leur titre Ă eux dit une collision, lâentrechoc de plaques continentales, et au-delĂ , bien plus que cela, le heurt de deux mondes, avec lâattrait que lâEurope exerce sur le continent africain, ls rĂ©fugiĂ©s qui risquent leur vie. Il est de la sorte une multiplicitĂ© de visions, de lectures, au fil des salles, avec leurs images Ă©clatĂ©es, phĂ©nomĂšnes naturels, forces gĂ©ologiques, emprises technologiques; oĂč se glisser en tant que colĂ©optĂšre? Etrange rencontre, dans une image de Wolfgang Tilmans, au pavillon des expositions, on dirait un rai de soleil qui tombe sur la mer, lors dâun ciel mouvementĂ©; Ă regarder de prĂšs, câest la lumiĂšre jetĂ©e par un hĂ©licoptĂšre Ă la recherche de bateaux illĂ©gaux.
Chez Nadine Hilbert et Gast Bouschet, le drame se trouve Ă©largi en cinq stations, mot qui dit, lui, lâarrĂȘt, lâobservation, la souffrance.
( Lucien Kayser, dâLand)

Collision Zone, catalogue pages
Pavillons Nationaux â Impressions de la 53e Biennale Internationale de Venise
En dehors des Giardini, prĂšs du Palazzo Grassi le pavillon luxembourgeois Ă la Ca del Duca prĂ©sente cette annĂ©e sous le titre Collision Zone une installation vidĂ©o de Nadine Hilbert et Gast Bouschet. Le nom empruntĂ© Ă la gĂ©ologie fait rĂ©fĂ©rence Ă la notion dâentrechoc au niveau culturel, sociologique et gĂ©opolitique. TournĂ©s prĂšs de Gibraltar et en Sicile les vidĂ©os parlent des limites et des frontiĂšres quâaffrontent les mutations et les migrations qui Ă©mergent des tensions et des forces entre le continent africain et europĂ©en. Les projections bleutĂ©es, orchestrĂ©es par les artistes de sorte Ă provoquer des moments Ă©ruptifs qui suivent des passages de profonde mĂ©ditation, reprennent en partie lâesthĂ©tique des correspondances visuelles dĂ©veloppĂ©e dans leurs vidĂ©os prĂ©cĂ©dentes. Ici la scĂ©nographie des images vidĂ©ographiques est magnifiquement adaptĂ©e Ă lâespace dâexposition crĂ©ant une narration cyclique qui nous plonge dans une espĂšce de tĂ©nĂšbres de notre propre existence.
(Paul di Felice, Mondo arte)
La Biennale di Venezia - Best in Show
Ah the pavilions â what to do about this motley crew. All too often they are hijacked by government bureaucrats who choose curators they know will put up a safe show, unlikely to ruffle any feathers.
Still, the pavilions nonetheless offer an interesting barometer of a particular governmentâs attitude towards contemporary art. Some governments--Iran, USA and the UAE--came off as woefully out of touch. Feel free to disagree, but itâs doubtful that anyone goes to the Biennale to see middling sculpture and abstract calligraphy (Iran), retrospectives of modernist icons such as Bruce Nauman (USA) or architectural models of a countryâs cultural projects (UAE pavilion). This is not the Worldâs Fair. Venice should be a space to show off oneâs most provocative artists â artists digging deep into the issues of their country and artists pushing the boundaries of their form... There were number of knockout pavilions hidden within the labyrinths of Venice â with the Mexican pavilion pulling the most deadly punches...
Though certainly not as visceral, the Luxembourg offering entitled âCollision Zoneâ was also quite dark in tone. The installation by Gast Bouschet and Nadine Hilbert featured videos of zones of urban decay and the humans that inhabit them, exploring the idea of Europe as a fortress. All scenes were shot at nighttime and took advantage of the mauve-blue cast that comes from that spectrum of light. Images of garbage cans and crumbling buildings are cut in with shots of satellites, boats and surveillance and geological imagery of mountains, caves dripping water and an insect caught in a web. The collection of images creates a sense of cold marginalization. The urban footage, though it looks like it could have been taken in south central LA, in fact comes from Catania and the drip, drip, drip of the cave water reflects the calculated trickle of immigration into the EU. The geological imagery (steam rising out of valleys) is a reference to the bumping up of the two continents a battle that goes far beyond tectonic plates...
(Rebecca Catching)
Pavillon luxembourgeois: Collision Zone de Gast Bouschet et Nadine Hilbert - Une installation percutante
Dans Collision Zone, les deux luxembourgeois posent, avec une rare pertinence, la question majeure des rapports entre l'Europe et l'Afrique. Leur installation, rĂ©partie en cinq vidĂ©os de tonalitĂ© bleue qui 'dĂ©rĂ©alisent' les images et leur donne plus de force esthĂ©tique, passe en boucles dans cinq lieux communicants. Et une musique bĂątie Ă partir de sons rĂ©els et retravaillĂ©e avec intensitĂ© par Yannick Franck et Xavier Dubois, porte Ă Ă©bullition cette rĂ©flexion esthĂ©tique et politique sur l'immigration. Nous avons filmĂ© surtout, nous explique Gast Bouschet, la Sicile, les alentours du VĂ©suve et le dĂ©troit de Gibraltar. L'Italie et l'Espagne sont les deux lieux de passage obligĂ©s de l'immigration clandestine. Nous y avons ajoutĂ© quelques images reprĂ©sentant des travailleurs africains dans leur lieu de travail ou leur habitat. Mais pas de commentaire ni d'interview, pas de documentaire donc, mais une rĂ©flexion poĂ©tique sur un thĂšme politique urgent. Les brumes de l'Etna nous rappellent la longue durĂ©e, l'existence de plaques tectoniques entre l'Europe et l'Afrique, qui rapprochent les deux continents imperceptiblement. Mais sur le plan humain, on ne peut nier les problĂšmes actuels et les peurs rĂ©ciproques, qui ne partent pas, qui renaissent sans cesse d'oĂč l'utilitĂ© d'une installation en boucle. Une grande oeuvre qui sera vue Ă Luxembourg, fin novembre avec musique live Ă la petite salle de la Philharmonie Luxembourg.
(Christian Jade, La voix)

Collision Zone, catalogue pages
Engaging audiences at La Biennale de Venecia
The Luxembourg Pavilion's exhibition Collision Zone presents the collaborative work of Gast Bouschet and Nadine Hilbert. This complex and compelling installation features a series of video and photographic imagery shot near the Strait of Gibraltar and the shores of Sicily. Traveling through the various screening galleries of the installation the viewer is confronted with geologic imagery in both its violent and sublime forms juxtaposed against the harsh lives of individuals living along the African and European continental borders. Bouschet and Hilbert's visually challenging work forces the viewer to reflect on socio-political concerns, the clashing of continents and individuals, human rights and the universal right to immigration.
(Brayham Contemporary)
Biënnale Venetië stelt teleur
Als je na het zoveelste bruggetje-op-bruggetje-af en steegje-door-en-pleintje-over in Venetië weer een fraaie woning bent binnengestapt en wederom wordt geconfronteerd met zalen vol films, dan zakt de moed je een beetje in de schoenen.
Maar dat is hier anders. De Luxemburgse ruimte maakt goed, heel veel goed wat de dagen voorheen helemaal mis dreigde te gaan...
... En dan de Luxemburgse inzending: een van de lichtpunten van deze Biënnale. Gast Bouschet & Nadine Hilbert hebben de begane grond van een huis compleet zwart geschilderd en er een indrukwekkende film- en geluidsruimte van gemaakt. Vijf films laten ze er zien, in steeds andere kamers. Die tonen stukken architectuur, een vliegende helicopter, stukken landschap en een torretje dat zijn weg uit een grot naar boven zoekt: alles overgoten met een blauwe toon die alles in een nachtmerrie lijkt te veranderen. En steeds is er dat ijzingwekkende, dreigende geluid van die helicopter. Beeldend zit deze presentatie ongelooflijk knap in elkaar. Qua verhaal wordt een en ander pas duidelijk nadat je werkelijk de tijd hebt genomen om goed te kijken; dan worden de betekenislagen helder. Dit gaat over grenzen, grenzenloosheid ook en over de onmogelijkheid voor sommigen om dat ooit te bereiken. Prachtig werk, dus.
(Rob Schoonen, ED / NL Cultuur)

Collision Zone, catalogue pages
LĂ€nderpavillons - Luxemburg - Gast Bouschet & Nadine Hilbert â âCollision Zoneâ
Die barbarischen Territorien liegen am Rande Europas. Dort, wo die NĂ€he zu Afrika und die Angst vor Afrika am gröĂten ist: an den KĂŒstenstreifen entlang der Meerenge von Gibraltar. An dieser âCollision Zoneâ stoĂen nicht nur die Kontinentalplatten aneinander, sondern hier verlĂ€uft auch die Grenze zwischen der EuropĂ€ischen Union und Afrika. Ein geografischer Raum, in dem Angst und Hoffnung, Abwehr und Schutzsuche, Feindseligkeit und Verzweiflung, Perspektivlosigkeit und Aufbruchsstimmung unversöhnlich aufeinanderprallen. WĂ€hrend sich die âFestung Europaâ mit einem Bollwerk aus Ăberwachungskameras, Hubschraubern, Schiffen und Patrouillen gegen die befĂŒrchtete Invasion aus Afrika zu schĂŒtzen sucht, hat sich die Meerenge von Gibraltar in âEuropas gröĂtes Massengrabâ (Navid Kermani) verwandelt. Ausgehend von der Vermutung, dass nur jede dritte Leiche gefunden wird, sind hier seit 1993 bis zu 15000 FlĂŒchtlinge ums Leben gekommen.
In ihrer mehrteiligen Multimedia-Installation machen Gast Bouschet & Nadine Hilbert die bedrohliche Stimmung, die eisige emotionale KĂ€lte und die latente Gewalt dieser Konfliktzone auf unheimliche Weise spĂŒrbar. Ihre an den Randzonen der Zivilisation aufgenommenen Bilder sind in kaltes Blau getaucht: Feindselig wirkende Natur, ĂŒberquellende MĂŒllberge, lethargische Menschen, gesichtslose Wohnblöcke, Nebeldunst, Ăberwachungshubschrauber, Felsformationen, provisorische SchlafplĂ€tze ⊠dazwischen Aufnahmen eines Insekts, das sich irgendwo verfangen hat und verzweifelt zu befreien versucht. Akustisch untermalt werden die Bilder von einem Soundtrack aus realen GerĂ€uschen und verschiedenen, in Kooperation mit Y.E.R.M.O. (Yannick Franck und Xavier Dubois) entwickelten abstrakten Klangteppichen. âUnsere Arbeit reflektiert die dunkle Seite der europĂ€ischen IdentitĂ€t: Ihren typischen, argwöhnischen Blick auf die Eindringlinge, das Gespenst der Angst, das in dem Kopf desjenigen herum spukt, der den Reichtum hĂ€ltâ, kommentieren die KĂŒnstler ihre Installation. Eine beeindruckende Arbeit, die keine Flucht in Betroffenheit erlaubt, sondern ein beklemmendes GefĂŒhl hinterlĂ€sst.
(Kunstforum - 53 Biennale Venedig)
Collision Zone at the 53rd Venice Biennale from nadine hilbert on Vimeo.