Keywords:
Perception and its failure, occult particles, urban geology, metaphysics of chaos, contradictions, rational corrosion

Resume:
London and the more than human. Poetics of transformation. The interruption of dust.

FREMD GANG, DISPLAY01, CNA, DUDELANGE, LUXEMBOURG

Gast Bouschet et Nadine Hilbert, Patrick Galbats, François Goffin, Carine et Elisabeth Krecké, Armand Quetsch, Chantal Vey

28-10-2011 - 12-02-2012

[insider] in Fremd Gang, 2011

The Fremd Gang exhibition brings together the work of several artists around the notions of movement, disorientation, and wandering. The title Fremd Gang, a compound noun, which may be translated literally as “strange” and “way”, refers to this exploration of the unknown...

[insider], the most recent work by Gast Bouschet and Nadine Hilbert is part of their on-going critical questioning with regard to a world in mutation, its balances of power and interconnections. [insider] brings them to London, to its suburbs and financial districts. All is plunged into an unsettling atmosphere of chiaroscuro, worthy of the screenplay of an Expressionist film. The smooth corporate facades of the buildings appear to be fed upon by symbolically laden presences: fog, insects, volcanic residues, hair, dust. One’s sight is troubled, one’s reading of the images inhibited. The inaccessibility of the image is transposed to zones of confusion in the socio-economic context and its hyper-connectivity, and becomes symptomatic of a more widespread incomprehension. By the application of organic and mineral materials directly onto the lens of the camera, the process of creation adopted evokes that of a shamanic ritual: the added matter is placed upon the real as if to induce healing into a situation that is out of control.

L’exposition Fremd Gang regroupe des travaux d’artistes autour du thème du déplacement, du dépaysement et de l’errance. Le titre Fremd Gang, un nom composé qui se traduit littéralement par «étranger» et «marche», se réfère à cette exploration de l’inconnu...

[insider], le dernier travail de Gast Bouschet et Nadine Hilbert s’inscrit dans la continuité de leurs questionnements critiques par rapport à un monde en mutation, ses rapports de force et interconnexions. [insider], les amène à Londres, dans les banlieues et les quartiers financiers. Tout plonge dans une ambiance de clair-obscur inquiétante, digne d’un scénario de film expressionniste. Les façades lisses et « corporate » des buildings sont comme parasitées par des présences symboliquement chargées: brume, insectes, résidus volcaniques, cheveux, poussière. La vue est brouillée, la lecture de l’image est inhibée. L’inaccessibilité de l’image est transposée aux zones de confusion du contexte socio-économique et de son hyper-connectivité et devient symptomatique d’une incompréhension plus large. Le processus de création adopté par l’application de matériaux organiques et minéraux directement sur l’objectif de l’appareil photographique, rappelle celui d’un rituel de chaman: la matière apportée se superpose au réel comme pour induire la guérison d’une situation hors contrôle.

(Michèle Walerich, Commissaire de l’exposition / Curator)

Fremd Gang au Centre national de l'audiovisuel à Dudelange.

[...] Gast Bouchet et Nadine Hilbert se voient incarner en quelque sorte l’exposition puisque c’est l’une de leurs photographies qui fait figure de visuel sur le carton d’invitation. Honneur usurpé ou mérité? Cette première impression de suprématie du duo d’artistes est renforcée par le fait que leurs œuvres sont placées au cœur de l’espace d’exposition labyrinthique. Mais elles ne se contentent pas de bénéficier d’un emplacement central, donc de choix; elles sont accrochées dans un renfoncement sur fond noir, tel un écrin, sans cadres, juste négligemment, voire vulgairement scotchées à la cloison. Comme pour signifier: nul besoin de superflu quand l’essentiel est au rendez-vous.

Car bien que Gast Bouchet et Nadine Hilbert soient ceux qui, en nombre de photographies exposées, sont sous-représentés, c’est bien leur série Insider de quatre œuvres qui nous sublime et nous happe. Comment expliquer ce phénomène de béatification? Dans leur cas, ils nous donnent tout d’abord une très appréciable impression de jamais-vu. Ensuite, ils nous entraînent dans leur monde, c’est-à-dire le monde tel qu’ils le perçoivent – et, bien qu’aussi le nôtre, tel que nous ne le percevrons jamais. Une ville au rendu presque pictural. Une atmosphère mystérieuse, presque inquiétante. Peu de contrastes. Le noir est omniprésent. Les ombres et la brume également. Partage de pouvoirs entre flou et netteté. Des détails focusés. Le tout plante une atmosphère, envoûte [...]

(Florence Bécanne, Le Jeudi, Novembre 3, 2011)

Lire l'article complet: http://www.lejeudi.lu/la-culture/3708.html

Einblicke in die obskuren Welten von Gast Bouschet und Nadine Hilbert:

Auswanderung, Vereinsamung, Irrfahrt: Dies sind die drei Schlüsselwörter der fotografischen Ausstellung „Fremd Gang“, die bis zum 12. Februar des anstehenden Jahres im CNA zu sehen ist und die acht Lichtbildner vereint, die allesamt durch ein Stipendium – „Bourse CNA, Aide à la création et à la diffusion en photographie“ und „Bourse Grande Région, Regards sans limites“ – finanziell unterstützt wurden.

Unter ihnen befindet sich auch das Künstlerpaar Gast Bouschet und Nadine Hilbert, die selbst nicht so genau wissen, was sie mit ihrer Arbeit „Insider“ (2010) ausdrücken wollen. Fakt ist, dass das CNA lediglich eine kleine Auswahl der bestehenden Fotografien zeigt, die die beiden Lichtbildner im vergangenen Jahr in London und Island einfingen. Gewiss, wo die Sprache aufhört, fängt die Fotografie an. Und die ist in diesem Fall schlichtweg atemberaubend: düster, mystisch, verstörend und geschickt manipuliert durch die Beschichtung ihres Objektivs [...]

(Emile Hengen, Tageblatt, November 4, 2011)

Den vollständigen Artikel lesen sie hier: http://www.tageblatt.lu/kultur/ausgehen/story/26479880

Un processus de subversion:

[...] Gast Bouschet est venu sans Nadine Hilbert, mais avec un discours très politisé. Comme, selon lui, il est «de plus en plus difficile de témoigner de la réalité du monde». Le dernier travail du duo s'inscrit dans son questionnement critique par rapport à une société en mutation. Et ces photographies «témoignent de cette étrangeté que l'on ressent à l'égard de la réalité politique et économique contemporaine». Ainsi, sous leur objectif, les façades des buildings des quartiers financiers londoniens se voilent de brume, d'insectes, de résidus volcaniques et de poussière, appliqués à même la caméra, pour un résultat saisissant, entre clair-obscur et sinistre poésie. (Grégory Cimatti, Le Quotidien, Octobre 28, 2011)

Lire l'article complet: http://www.lequotidien.lu/culture/28604.html

Esthétique de l'errance:

[...] Gast Bouschet et Nadine Hilbert réitèrent leur univers parano et inquiétant d'une société sombre fictive et pessimiste (vu à la Biennale de Venise en 2009) avec quatre tirages hallucinés. Un travail plastique indéniable sur l'"étranger" quoique éloigné de la réalité de notre époque. (Didier Damiani, Luxemburger Wort, November 7, 2011)

Weg ins Unbekannte:

[...] Etwas aus dem Rahmen fallen die surrealistisch, expressionistisch anmutenden Aufnahmen von Gast Bouschet und Nadine Hilbert mit dem Titel "[insider]". Schwarz-weiß und kontrastreich schaffen sie Endzeitszenarien, die mit dem Motiv London fast etwas wie einen Abgesang auf die moderne Welt beinhalten. (Jörg Ahrens, Woxx, November 10, 2011)

Den vollständigen Artikel lesen sie hier: http://www.woxx.lu/id_article/5132

L'épaississement des ombres:

Notre travail est avant tout une expérience sur la perception et son échec. Nous pensons qu'il devient de plus en plus difficile à saisir la réalité du monde duquel on fait partie. Nos photographies témoignent de cette étrangeté qu'on ressent à l'égard de la réalité économique et politique contemporaine.

Pour réaliser ce travail photographique, on a brouillé les images en les occultant de poussière volcanique et d'insectes appliqués directement sur l'objectif de la caméra. Le résultat de cette manipulation optique est une vision impure de l'environnement. La pollution et l'occultation des photographies, le fait de les rendre partiellement illisibles, traduit cette difficulté de capter l'image du monde. Notre travail participe aussi à un processus de subversion à l'égard de la perfection recherché par notre société hautement technologique. Nous pensons que l'acte de détruire l'image parfaite du monde peut être la condition nécessaire à révéler la profonde crise écologique et civilisatrice que nous sommes en train de vivre.

Nos images reflètent un réalisme étrange qui in-sécurise notre présence au monde. Dans nos photographies, il y a quelque chose qui dépasse le contrôle humain. Nous traitons les insectes, les plantes et la géologie au même niveau que l'être humain. L'être humain est présent dans ces photographies mais il n'est jamais mis en avant. Il n'occupe pas une place particulière dans l'hiérarchie des êtres et des formes. Nous adoptons une approche qui transcende la technique afin de modifier le visible et de faire renaître la puissance mystérieuse de l'image.

Ce sont des photographies volontairement ambiguës qui remettent en cause la vision égocentrique de l'homme et qui pointent vers une nouvelle politique de la vie elle-même, dans laquelle l'identité des êtres et la texture du monde sont fluides. Il n'est pas facile de parler de ces images sans se référer à l'ensemble dont elles font parties. Quatorze photographies, qui en plus sont liés à un film qu'on a réalisé à Londres et en Islande. Nous nous intéressons beaucoup à la participation active de forces non-humaines dans des évènements politiques ou économiques comme par exemple l'éruption du volcan islandais en 2010 qui a temporairement déstabilisé les systèmes financiers et sécuritaires en Europe. Notre travail refuse à être immédiatement compris ou saisi. Notre but est d'irriter la lisibilité et l'accès facile à l'image. Nous sommes fascinés par des matières considérées comme impures ou insignifiantes, comme la poussière ou des petites bêtes qui dérangent le bon fonctionnement des affaires. Ces substances véhiculent une notion de danger, et servent aussi de métaphores pour désigner l'intrusion du chaos et de l'irrationnel dans la société.

(Gast Bouschet, Nadine Hilbert, Fremd Gang: communiqué de presse)

SOLO SHOW AT PARVIS, CENTRE D'ART CONTEMPORAIN, PAU, FRANCE
From March 18 - June 11, 2011

[insider] ou l’éloge de l’impureté:

«Si la pollution constitue une catégorie particulière de danger, pour savoir où la situer dans l’univers des dangers, il nous faut dresser l’inventaire de toutes les sources possibles de pouvoirs» (Mary Douglas, De la souillure. Essais sur les notions de pollution et de tabou, Maspero, 1971)

La notion de risque est une création du 15ième siècle, époque des grandes découvertes et du cadre juridictionnel qui les entoure. C’est un terme d’assureur préfigurant l’essor de la modernité. Contrairement au danger, le risque est de l’ordre des probabilités et s’inscrit dans la partition d’un monde rationalisé par le calcul. L’improbable, c’est le risque. L’impossible, le danger. A l'insu, à la marge, tapi aux tréfonds du pandémonium, il parle aux rats et aux cloportes. Il est le quotidien des exclus de la carte…et ceux-ci de s’agiter aux frontières de l’Empire. De grouiller comme des larves. De l’ordre du fluide, de l’humide, du baveux, ils charrient avec eux la poussière, des pelotes de cheveux et toute une série d’autres problèmes. Ils sont trop nombreux. Nos frontières sont poreuses…

Grégoire Samsa en sait quelque chose, lui qui, « au sortir d’un rêve agité, s’éveilla transformé en une véritable vermine(1) ». Du corps humain au corps social, il n’y a qu’un pas, un jeu d’échelles que Gast Bouschet et Nadine Hilbert (vivent et travaillent à Bruxelles) manipulent jusqu’à l’implosion. L’attitude relève d’une forme de sorcellerie. Elle hâte l’infiltration, ici à l’intérieur de la galerie commerçante où loge le Parvis de Pau.

Le Centre d’art accueille [insider], une exposition qui s’inscrit dans le continuum d’un travail interrogeant les notions de frontière et de limite. Corporelle, sociale, animale et humaine…celles-ci sont tout à la fois garantes de la distinction entre ordre et désordre… et à la source de toutes les métamorphoses. Cette réflexion sur nos catégorisations modernes s’accompagne d’une critique acerbe des effets de domination qu’elles induisent(2). L’anthropocentrisme occidental est ici dénoncé avec force, comme si le couple d’artistes avaient contaminé leur œuvres de la parole et de la sourde détermination des exclus.

Insider réunit une installation vidéo et une série de photographies qui constituent les ramifications d’un film, the force is blind, pierre d’achoppement de l’exposition. Tournée dans le quartier financier de Londres, cette vidéo adopte un point de vue qui pourrait être celui d’un insecte. Drapé de poussière, aveuglé par la lumière, le cloporte investit la ruche. Au même titre qu’un trader ou qu’un voleur à la fauche, il est ici chez lui. Et d’arpenter cette ville labyrinthique dont l’atmosphère sépulcrale n’est pas sans souligner la vanité de son architecture et de ses emblèmes. Les drapeaux sont lacérés, les bâtiments débraillés par des effets perceptuels fluidifiant et altérant de tâches sombres un univers urbain en déliquescence, en proie au danger permanent d’être englouti par les cendres. Le film prend ici une valeur prophétique : cherchant à troubler le paysage, Gast Bouschet et Nadine Hilbert maculent l’objectif de leur camera de poussière volcanique, un mois avant l’éruption du volcan islandais ayant paralysé le ciel européen. On peut sourire du présage…tout en éprouvant son effet de vérité.

Mais l’enjeu n’est pas de conduire le spectateur au plus sombre état dépressif. Si le film éprouve, tant physiquement que mentalement, c’est surtout en raison de l’exaltation euphorisante qu’induit son rythme et sa puissance onirique(3). Cette mise en scène du crépuscule de la modernité ne conduit pas à une impasse. Elle soutient plutôt un questionnement sur notre place et notre rôle dans un univers représenté dans sa dimension la plus holistique.

En associant l’humain et le non-humain, le pur et l’impur, le couple d’artiste insécurise notre présence au monde, tout en nous invitant à un exercice de décentration salutaire. Malgré la conscience relativement apaisante de nos limites – et l’ordre criminogène qu’elles peuvent induire, nos corps et nos frontières sont sans cesse infiltrés : « On partage notre corps biologique et social avec des entités qui nous envahissent de l’extérieur et s’installent pour vivre avec nous. On n’est finalement jamais seul, on fusionne avec des êtres et des matières anonymes. On est des impurs.(4) »

Ce rappel de nos fondamentaux questionne notre identité et souligne notre fragilité. Cependant, celle-ci n’induit aucune forme de renoncement : malgré son aspect ténébreux, l’œuvre porte en elle une puissance libératrice, une forme d’émancipation à se savoir, fusse le temps d’un rêve, insecte parmi les siens.

(Benoît Dusart, L'Art-Même 51, 2011)

1. Kafka, « La métamorphose », Gallimard, Folio, 1955.

2. Sur ce thème, Collision Zone, installation vidéo présentée au pavillon luxembourgeois à la Biennale Venise en 2009, était d’une vive pertinence. Voir AM n° 44, sous la plume de Christine Jamart.

3. Encore renforcée par la bande son noisy et hypnotisante de Y.E.R.M.0. (Yannick FRANCK et Xavier DUBOIS)

4. http://www.bouschet-hilbert.org/now/insider/

[insider] at Parvis de Pau, France

[insider], 2010-2011, 14 photographies on photosensitive canvas plus linen tape / 14 photographies sur toile photosensible plus ruban adhésif en toile, 89 X 138 cm.
Réalisé avec le soutien du Centre National de l'Audiovisuel (CNA), Luxembourg

Printemps Noir: Nadine Hilbert & Gast Bouschet s'inspirent des travers sociétaux, et portent sur l'époque un regard critique et provocateur.

Nadine Hilbert et Gast Bouschet sont des voyageurs, témoins des mutations économiques, sociales et culturelles de notre temps. Depuis les années 1980, ils parcourent le monde entier qu'ils photographient, filment et exposent partout.

Nadine Hilbert et Gast Bouschet sont particulièrement fascinés par la capacité de l'image enregistrée à reproduire et commenter la transformation de systèmes politiques et socio-économiques de notre monde. Mutations visibles dans la morphologie des tissus urbains et des zones frontalières, espaces qu'ils affectionnent particulièrement.

[insider] est une exposition photo et vidéographique fascinante et inquiétante qui déconstruit la relation superficielle que nous entretenons avec l'image contemporaine et médiatique pour réanimer notre conscience critique et politique du monde environnant.

Installation vidéo et photos monumentales, sombres et dépressives, tissent des liens et des assemblages étranges tirés de l'actualité ou du quotidien: The force is blind (La force est aveugle) exposée au VidéoK.01 par exemple, est une vidéo réalisée lors de l'éruption du volcan islandais Eyjafjoll.

Comme nombre de voyageurs, les artistes en transit se sont trouvés coincés à l'aéroport de Londres tandis que des nuages de cendres envahissaient le ciel, brouillant la perception des zones soumises à l' explosion. Dès lors, Nadine Hilbert et Gast Bouschet ont eu l'idée d'appliquer à même l'objectif de leur caméra des amas de cendres pour reproduire ce trouble visuel et nous faire vivre une expérience perceptive anormale. Ainsi, Londres qu'ils filment maculée de cendres, se présente comme le symbole d'un monde rendu malade par la vision atrophiée que nous avons du réel... Car finalement, l'effet produit par les artistes évoque également les symptômes d'une dégénérescence de la vue.

Et c'est là que Nadine Hilbert et Gast Bouschet posent les bases d'un travail singulier qui à grands coups d'images énigmatiques et envoûtantes s'érige contre les politiques impérialistes, les logiques de l'entre soi et du rejet de l'autre.

Photographies et vidéos sont donc les armes grâce auxquelles les artistes nous révèlent le sens caché de l'actualité, dénonçant la manipulation des idées et des images, tout autant que les politiques européennes d'immigration ou la précarité des grandes zones urbaines.

Cendres de volcan donc, mais aussi boules de poussières et insectes multiples sont les éléments qui «virussent» et brouillent l'image, pour nous pousser à résister au formatage visuel et conceptuel de nos sociétés.

(Magali Gentet 2011)

Disposées à la manière d’un affichage urbain fait de superposition, de juxtaposition, de cohabitation forcées, quatorze photographies composent cette oeuvre en noir et blanc. Ce choix chromatique n’est pas anodin et cette binarité permet de créer à la fois une densité et une barrière protégeant de la facilité. Facilité de définir les éléments rapidement assimilés à la sphère connue. La richesse des effets est à souligner. On note de nombreux contrastes d’ombres et de lumières, renforçant d’autant plus les messages véhiculés par l’installation murale.

Le titre « Things we don’t name », littéralement en francais « des choses que l’on ne nomme pas » , traduit l’activation de conscience qu’essayent d’opérer en nous les deux artistes. Divers éléments sont présents dans ces oeuvres, tels des rats ou des insectes généralement jugés indésirables dans notre société. Ici Nadine Hilbert & Gast Bouschet, les mettent au grand jour en les livrant à notre appréciation. Dans les photographies, des personnages sont présents mais ne sont jamais identifiables. Ils reflètent alors l’idée de tout et rien, d’être l’humanité et personne à la fois. Ainsi, ce sont ces silhouettes fantomatiques ou parties d’individu qui incarnent la présence humaine dans l’environnement urbain. Alors, tout comme les autres êtres vivants présents, l’être humain peut apparaître comme un indésirable. Les êtres vivants présents sont ambivalents. Rien n’est manichéisme. Les sauterelles incarnent l’invasion célèbre de la huitième plaie d’Egypte. En nuage, elles sont exclusivement faites pour détruire. La présence du rat est souvent synonyme de peste et de famine. Il peut être vu comme le symbole de l’ego, il nous ronge de l’intérieur et se nourrit à nos dépens. Pourtant, il est indispensable à l’espace urbain car il contribue à éliminer les déchets rejetés par les habitants. Ces 14 photographies reprennent donc une synthèse – non exhaustive – d’éléments anonymes que nous côtoyons quotidiennement sans y prêter attention… Inconnus et parasites... Le réel se heurte alors à l’imaginaire et aux non-dits.

(Julie Costa: extrait du guide de visite)

Experiments in the game of control:

A tentative attempt to manipulate images and metaphors in order to change the structure of reality. Sorcerous processes as a guerilla tactic with the potential to break the routines of contemporary art production.

Our art is an investigation of the transitions between inner and outer images. It's a world made strange, that allows us to speculate about the texture of reality. Our work is inspired by ancient techniques and aspires to combine them with a consciousness capable of working in the present.

[insider] weaves a vast web of interconnections and highlights the creative act as a means to induce extraordinary experiences. The work depicts the planet as a complex system where organic and inorganic creatures interact. We try to investigate the boundaries between animate and inanimate matter and challenge the belief that there is a clear line between the two conditions.

We are entering a new era. The human being is increasingly part of strange alliances in which multiple forces interact and defy any illusion of separateness. A new type of image imposes itself. Video and photography are capable of forging links between material configurations and resonant assemblages: volcanic ash clouds, balls of dust, human hair, veils, insects and unidentifiable black objects, bats, financial temples in London, planes dropping from the sky, stock values.

These formations show a materiality suspended between the human and the non-human. Our aim is to challenge our egocentric vision and point towards a new politics of life itself in which the human identity and the texture of the world are fluid.

(Gast Bouschet, Nadine Hilbert)

«The force is blind» is motivated by the desire to explore the power of video, sound and photography to shape and alter the real. Every device that is capable of recording or representing what surrounds us is also capable of creating reality. Film and photography are extensions of the human senses and produce interactions between the physical universe and our mind. The utilization of these techniques can either manipulate or alienate us, or they can favor a profound, entranced relationship with our environment.

Modernity's quest to rationalize the world has failed as we can see each morning when we flick over the pages of our newspaper or browse the internet. Its order and logic making efforts have neither succeeded in bringing some sense into the world, nor answer our elemental questions about life and death. «The force is blind» thus takes its distance from modernist myths and adopts an ambiguous position that highlights the survival of an archaic consciousness within a highly technological world. We are trying to explore reality with a shamanistic spirit. Our work underscores man's relationship to the animal-other and its potential to identify with beings and forces outside of the ego. This is not a prayer though. Our art is rooted in discomfort and unease. It reflects man's foreignness in the world and examines the tensions between the lucid and the absurd.

«The force is blind» responds to the often evoked mental confusion in a mediasaturated environment by putting sensory overload into practice. The exhibition intends to be an aesthetic shock, where worlds collide and several realities are experienced simultaneously. Theorist Jean Goudal once qualified cinema as a conscious hallucination and this statement applies particularly well to the film that we will present on this occasion. More than anything, our show intends to be an experience with a psychedelic edge in which new perceptions can arise. We make associations, identify resemblances and try to visualize previously unseen connections between things. Wise people like J.W. von Goethe knew that we all walk in mysteries. We are surrounded by an atmosphere about which we still know nothing at all. We do not know what stirs in it and how it is connected to our intelligence... So I guess we're all scanning the horizon for glimpses of light and truth. It's an illusion to believe that we ever see anything clearly, what appears to be present is always contaminated by what is absent.

Using various media - video film, soundscapes, reworked images and texts from the press, we propose a descent into the labyrinth. Newspapers are blackened and turned inside out. Volcanic dust and insects partially cover the camera lens and alter the viewing of our films. Electric lighting effects conceal as much as they reveal the exposed work on the gallery walls. Our work refuses to be easily understood or possessed, challenging the viewer to decipher what is to be seen. We think that art has to be either ecstatic or severely ill in order to be relevant today and reflect the paradoxes and complexities of our troubled world. We are living in radical times: seismic changes, ecological disasters, financial meltdowns, religious wars and prophetic warnings. Only chaos sings the truth.

(Gast Bouschet, Nadine Hilbert)

TOXIC GALLERY LUXEMBOURG

Exhibition from 9 September until 30 October 2010.
Soundtrack in collaboration with Y.E.R.M.O. (Yannick Franck and Xavier Dubois)

Urban Paranoia:

«Seul le chaos chante la vérité» affirment Gast Bouschet et Nadine Hilbert. Et ils le prouvent avec leur exposition The Force is Blind chez Armand Hein

Il faut oser franchir ce seuil d’une porte et d’une fenêtre complètement opaques, obstruées par un film adhésif. Mais une fois à l’intérieur de l’espace de la galerie Toxic, rue de l’eau, on est immédiatement happé par l’ambiance. De l’obscurité d’abord, dans laquelle on arrive à déceler des bribes d’images sur l’installation murale Financial Times, longue de plus de dix mètres. Du son ensuite, celui, inquiétant, sourd, réalisé pour la projection vidéo The Force is Blind par le duo Y.E.R.M.O. (Yannick Franck et Xavier Dubois). Les images de cette vidéo sont tout aussi énigmatiques et envoûtantes à la fois: nerveuses, parasitées, elles cachent autant qu’elles montrent. De cette œuvre d’art totale qu’est l’exposition personnelle de Gast Bouschet et Nadine Hilbert naît un sentiment de paranoïa, de menace généralisée, comme celle que nous imposent actuellement les leaders du monde occidental en nous annonçant des menaces terroristes à tout bout de champ, érigeant l’Autre en danger permanent.

Cette peur d’un danger immanent est le sujet de tout le travail récent de Gast Bouschet et Nadine Hilbert, artistes luxembourgeois qui vivent à Bruxelles et avaient entre autres travaillé sur ce thème pour Collision Zone, leur participation à la biennale de Venise l’année dernière. Or, alors que cette installation-là se passait dans le sud de l’Espagne et tournait autour de la peur qu’a l’Europe des immigrants africains, The Force is Blind pourrait être partout, près de chez nous, dans n’importe quelle ville européenne.

L’idée du film leur est venue lorsqu’ils étaient bloqués à Londres par les cendres volcaniques au printemps – beaucoup des parasitages de ces images-ci sont d’ailleurs provoquées par des cendres posées sur l’objectif, qui peut aussi être embué par moments. Bien qu’on n’y voie pas vraiment clair, on décèle des choses qui nous sont familières dans ces images, des blocs d’appartements, des toits, des cheminées, des gens qui traversent des rues, disparaissent dans des bouches de métro, des insectes sur ce qui pourraient être des moisissures, des cheveux dans le vent, des feux d’artifices (ou des attaques aériennes?), des embouteillages, des drapeaux noirs, des affichages lumineux des cours en bourse...

Le sentiment qui naît de ce montage est angoissant, tout indique que le monde qui nous est familier est menacé. «Seul le chaos chante la vérité,» écrit Gast Bouschet dans le communiqué de presse pour l’exposition. Où il estime aussi que «nous vivons une époque radicale: changements sismiques, catastrophes écologiques, crises financières, guerres religieuses et avertissements prophétiques...»

The Force is Blind se veut une exploration du réel et de ses limites, mais aussi une ode à l’irrationnel, à l’hallucination, nés de la surcharge sensorielle que rendent possibles les nombreux médias contemporains, notamment la vidéo. En mettant en rapport les images vidéos et les bribes d’informations – images d’Ahmadinejad, titres, graphiques – issus du Financial Times, retravaillés à l’encre sur papier kraft sur le long mur en face de la projection, on ne peut faire qu’une lecture politique de cette exposition. Qui pourrait être celle-ci : dans un monde globalisé hautement technologique et hyper-connecté, des peurs archaïques subsistent, voire deviennent de plus en plus fortes, soutenues par la volonté politique. Très sceptiques envers les mythes de la modernité, Nadine Hilbert et Gast Bouschet se laissent porter par, voire exacerbent ces sentiments afin de les rendre palpables. Mais ils ne rejettent pas cet inconscient collectif. Au contraire, ils sacralisent l’irrationnel, le psychédélique, le mystérieux, voire le mystique dans notre expérience du quotidien.

(Josée Hansen, Letzebuerger Land, 22.10.2010)

Financial Times, wall installation (3,3 x 10,4 m) Toxic Gallery Luxembourg 2010

Financial Times, wall installation (3,3 x 10,4 m) Toxic Gallery Luxembourg 2010

Évidences masquées:

«The Force is Blind», la nouvelle exposition du duo Gast Bouschet et Nadine Hilbert, est d'une force et d'une évidence qui font froid dans le dos.

Il y a d'abord une musique, ou plutôt des sons, passablement angoissants, sourds, qui n'évoquent rien de bon. Ce sont des bruitages enregistrés à la prise de vue et retravaillés par les musiciens de Y.E.R.M.O. (Yannick Franck et Xavier Dubois).

Il y a aussi, d'emblée, une luminosité basse, comme dissimulée aux regards. L'exposition de Gast Bouschet et Nadine Hilbert nous plonge donc dès l'entrée dans un univers particulier, propice à la réflexion, l'interprétation et l'interrogation. Comme toutes les œuvres qu'ils créent, The Force is Blind est un «all-over» très prenant auquel on ne peut pas échapper. Il y a en fait deux pièces dans cette exposition: une installation murale et une vidéo qui donne son titre à l'ensemble et par laquelle il nous faut donc commencer. Une couche supplémentaire à l'angoisse suscitée par la bande-son: la vidéo est en noir et blanc et ne laisse pas réellement voir de quoi il s'agit. On reconnaît bien une ville, des gens qui la traversent, le métro, puis des montagnes, mais, constamment, la vue est brouillée, comme si des insectes couraient sur l'objectif ou que la prise de vue était trafiquée.

C'est précisément ce qu'ont fait les artistes. Coincés à Londres à cause de l'éruption du volcan islandais, ils ont eu l'idée d'utiliser des cendres volcaniques pour transformer leurs images. Mettant directement la cendre sur l'objectif, ils obtiennent des prises de vues un peu fantomatiques qui ne disent pas ce qu'elles sont. On pense à des images de caméra de surveillance, à des images amateurs telles qu'on les montre parfois aux actualités, quand les professionnels n'étaient pas encore sur les lieux d'une catastrophe, à une ambiance de fin du monde. Souvent la cendre obstrue le centre de l'image, laissant une tache noire comme si la caméra avait une maladie des yeux (le scotome), à moins que les taches ne se baladent comme des mouches.

Manipulation:

En face de l'écran, l'installation murale est aussi impressionnante. Tout le mur de la galerie est recouvert de journaux noircis avec çà et là des cadres qui ponctuent l'installation en mettant en exergue une partie de texte. Ces journaux sont des Financial Times récents qui renvoient donc très vite à la première pièce, tournée à Londres, notamment dans le quartier financier. Autre point commun: des articles de ces journaux parlent d'aveuglement et de maladie dégénérescente de la vue. Enfin, les rares parties reconnaissables de ces journaux sont des images du leader iranien Ahmadinejad alors que la vidéo pourrait évoquer la guerre ou le terrorisme.

Inspirés par un voyage en Afrique du Sud où les murs sont souvent isolés avec des journaux, rendus noirs par la fumée et la suie, les artistes ont photographié les journaux, ce qui permet d'en voir les deux faces à la fois, puis travaillé à l'encre, au vernis pour mettre en évidence certaines choses (les graphiques) ou en cacher d'autres (les images, certains mots). Laissant libre interprétation de ce qu'ils montrent, les artistes expriment cependant l'idée qu'on nous cache des choses, que la vérité est à chercher sous la cendre, en creusant pour ne pas se laisser impressionner par le premier degré. La manipulation des images et des idées est donc au centre du dispositif qu'ils ont créé.

Usant des mêmes ficelles que ceux qui manipulent, le duo crée un choc esthétique qui nous fait prendre conscience de notre aveuglement. Le titre est là pour nous le rappeler: La force est aveugle, et c'est parfois en cachant que l'on révèle le plus.

(France Clarinval, Le Jeudi 15.09.2010)

The force is blind at Ecuries, Festival de Liège, January 2011

Curator: Jean-Louis Colinet

"The Force is blind": l'aveuglement par l'image

Depuis une vingtaine d'années, Nadine Hilbert et Gast Bouschet forment un binôme artistique dont le dessein est de créer et d'explorer un monde visuel où photographie, vidéo et son se superposent pour ordonnancer et modifier le réel.

L'exposition intitulée "The Force is blind" que leur consacre la galerie Toxic offre une immersion totale dans un univers qui traite de la confusion et de l'aveuglement engendrés par une saturation d'informations visuelles.

Dès l'entrée dans l'exposition, le ton est donné par la bande sonore de l'installation due à Y.E.R.M.O. (Yannick Franck, Xavier Dubois). Enveloppante, méditative, angoissante, la plage musicale enregistrée à la prise de vue des images est en parfaite adéquation avec l'ambiance du lieu et la rehausse de son étrangeté. Aveugles, nous le sommes donc presque car la lumière est très basse et nous pousse à nous abîmer avec encore plus d'attention dans le travail visuel et à nous interroger sur la véracité de ce que l'on distingue à peine. Que voyons-nous en somme? Une ville, des passants, des collines. Où sommes-nous? Nos sens sont en perdition. En fait, le binôme, comme de nombreux voyageurs en transit, s'est trouvé bloqué à Londres en avril dernier à cause du nuage de cendres provoqué par l'éruption de volcan islandais Eyjafjöll. Cet évènement a non seulement brouillé la perception des avions mais aussi celle des voyageurs.

Alors, Nadine Hilbert et Gast Bouschet ont eu l'idée d'appliquer de la cendre et des insectes à même l'objectif de la caméra. Le résultat est étonnant car les taches noires altèrent notre vision comme si nous souffrions d'une dégénérescence maculaire. Face à cette image, un mur entier de la galerie est recouvert de journaux eux-mêmes difficilement lisibles alors que des fragments d'articles sont encadrés, mis en lumière, en une. Pages du "Financial Times", ils traitent de maladies rétiniennes et de malvoyance.

Expérience sur la perception, choc esthétique ou le réel se heurte à l'imaginaire et au non-dit, cette exposition nous invite à être plus vigilant face à l'information et à notre vision des choses. Les deux artistes tentent de nous montrer le chemin vers la vérité, quitte à gratter le vernis, à fouiller sous la cendre ou à lire entre les lignes et entre les caractères d'imprimerie. On ne sort pas indemne de cette exposition.

(Nathalie Becker, Luxemburger Wort, 22.10.2010)